• Presque 30 ans après

    Hier après-midi, une rencontre fortuite m'a mise mal à l'aise... J'étais dans le parking sous-terrain d'une grande surface et soudain, une personne a surgi devant moi presque en courant... Sa voiture était garée près de la mienne... Elle était en train d'y installer ses enfants quand elle m'a vue et s'est donc précipitée vers moi. Elle me dit "Tu ne me reconnais pas ?"... et là, je lui réponds :"Ah si, Marie, on était au collège.." et j'avais à peine fini ma phrase qu'elle m'embrassait comme si on ne s'était jamais quittées. Ma mère était juste derrière moi et, comble de chance, elle a pris la conversation en mains... Car elle connaissait bien la mère de Marie (décédée depuis, nous l'avons appris hier).

     

    Nous nous sommes rapprochées de sa voiture d'où elle a fait sortir ses enfants ce qui fait que tout ce petit monde s'est retrouvé scotché devant la portière de ma voiture... Son mari est arrivé juste après les quelques mots échangés et s'est greffé aussi à la troupe qui me bloquait l'entrée de ma voiture...

     

    Ben oui, je ne voyais plus que ça : ils me bloquaient l'entrée... Je ne pouvais pas partir... De toute façon, je ne pouvais pas partir puisqu'on parlait... enfin, ma mère parlait avec Marie... Mais, pourquoi avais-je dans la tête cette furieuse envie de faire dégager tout le monde de devant ma portière ? J'étais là, en retrait, devant le capot de ma voiture, comme pour ne pas me mêler et je trouvais que ma mère parlait trop, écoutait trop... En plus, on était dans la pénombre de ce parking... Je me sentais coincée... et pas à l'aise du tout... pas heureuse du tout de retrouver cette fille pourtant charmante, gentille et trop "démonstrative" pour moi... Elle semblait de son côté très contente de nous revoir... J'ai dû lui paraître glaciale...

     

    Au bout de quelques minutes qui m'ont paru infinies, Marie a dit "Bon ben nous on y va." et là, j'ai répondu assez sèchement, je pense "Oui, nous aussi" , on s'est dit au revoir, les quelques banalités d'usage et hop, elle a fait monter sa petite famille dans sa voiture et j'ai pu rejoindre la mienne, soulagée de pouvoir m'enfuir...

     

    Je suis un peu sauvage mais là, je me suis demandée pourquoi j'étais si mal à l'aise quand même... Le fait que marie m'ait abordée de manière presque trop "brutale" peut-être... Ou alors, le fait qu'elle soit intimement liée à ma période collège... période tellement détestée que j'essaie d'enfouir au plus profond et qui, là, soudain, s'est réveillée avec les souvenirs pénibles qui vont avec...

     

    J'ai l'habitude de dire que je n'avais personne, aucun(e) ami(e) durant cette période. Et c'est vrai. Marie m'aimait bien. Nous avons passé des vacances ensemble. J'étais avec elle, comme ça. Elle s'était attachée à moi parce qu'au collège, je ne la rejetais pas... j'aurais été bien cruelle de le faire alors que jétais moi-même éjectée de partout. Elle n'avait pas d'amis, moi non plus. Donc, on se retrouvait... je ne sais pas si à l'époque j'avais conscience de ce qui nous séparait parce que je ne voyais que ce qui nous rapprochait : le mépris que nous subissions de la part des autres jeunes.

     

    Grâce à elle, j'avais l'illusion d'avoir quelqu'un moi aussi. Mais, en réalité, déjà à l'époque, je savais que je ne serais jamais proche d'elle comme elle semblait vouloir l'être de moi. Nous n'avions aucun point commun : elle aimait l'idée d'avoir des enfants, un mari, faire le ménage, la cuisine, s'occuper des bébés de ses soeurs. Elle passait des heures à parler "bébé" et future famille. Pour elle, c'était évident qu'elle aurait un mari et des enfants parce que la vie c'est comme ça. Moi, déjà, je me doutais que ce ne serait pas pour moi... Les heures que je passais à écouter de la musique, elle aidait sa mère à repasser ou à cuisiner et c'était son truc. Elle n'avait aucun chanteur préféré, n'aimait pas trop ça, ne regardait pas la télé, ne connaissait pas mes idoles... J'aimais parler destinée, vie, mort, comment, pourquoi, qui suis-je, d'où viens-je... elle me répondait petits plats, bébés et couche-culottes... Nos préoccupations divergeaient totalement...

     

    Alors, de la revoir hier, ça m'a replacée dans ce contexte terrible du collège... et je me suis dit que finalement, elle a obtenu ce qu'elle souhaitait : un mari et des enfants. Elle doit être heureuse et c'est tant mieux pour elle. Mais ça fait bizarre...

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 10 Juin 2012 à 20:48
    José

    T'as pas pensé à écrire un roman? C'est bien parti là...

    2
    Dimanche 10 Juin 2012 à 20:57
    José

    Me moque pas! Du tout!

    3
    Dimanche 10 Juin 2012 à 21:24
    José

    Faut pas dire avant d'avoir essayé...

    4
    Armand
    Dimanche 1er Juillet 2012 à 14:40
    Armand
    Chère Béatrice, Dans la vie (études, profession...) bien des personnes ne se sentent heureuses que quand elles peuvent abaisser les autres. C'est une forme de la relativité: on n'existe que parce que les autres vous sont inférieurs. Une fois que cette chose est bien comprise, il est normalement facile de se défendre. J'ai, par exemple, montré que je valais davantage que les cancres qui voulaient me ridiculiser: leur supériorité n'existait que dans leur "communication". Savoir boire de la bière en quantité, se battre, avoir du succès auprès des filles faciles dans les bars... Il m'a suffit d'étudier et de finir parmi les premiers de ma promotion, (au lieu d'exposer des "qualités" de pacotille) pour sortir du lot. Pour une fille, j'ignore quel sont les critères retenus par les cancres pour se mettre en valeur... je pencherais (mais je suis peut-être à côté de la plaque) pour l'art de se maquiller, d'aguicher ou autres choses superficielles... Voilà, sache que j'ai aussi eu le problème (ne pas être la personne que les autres aiment inviter) et l'ai résolu en sortant "par le haut" et en réussissant ma carrière. Si ceux qui avaient voulu m'abaisser avaient su qu'ils me rendaient service... Amitiés
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