• Les métiers de l'enseignement

    Il y a des choses qui font peur dans l'éducation nationale quand même. Dernièrement, je lisais que des professeurs des écoles avaient été amenés à enseigner en collège. Et, ces derniers prétendaient que c'est normal vu que nous avons le même niveau d'études. Admettons. Pour autant, nous ne faisons pas le même métier !

    J'ai préparé le concours de prof des écoles et le concours de prof collège/lycée. J'ai obtenu ce dernier, pas le précédent, pourquoi ? Parce que je n'avais pas le niveau pour réussir ce concours-là dans lequel il faut être polyvalent. Il faut être capable de passer du français aux maths, de l'histoire aux sciences, du dessin au sport... Et même l'épreuve de français de ce concours me dépassait complètement. Moi, j'étais dans la littérature pure et dure... pas dans "comment apprendre à lire et à écrire à un enfant". En maths, j'avais un niveau catastrophique et, d'ailleurs, ceux qui ont le mieux réussi ce concours étaient les matheux, ceux qui sortaient des écoles d'ingénieurs entre autres. Les littéraires uniquement littéraires, on les avait carrément mis de côté leur expliquant qu'ils avaient peu de chance de réussir... au point de nous placer avec le prof de maths le plus nul de l'IUFM qui nous disait que ce qu'il faisait suffisait bien pour nous...

    L'année suivante, j'ai passé le capes et l'agrégation en même temps. J'ai eu le premier, pas l'autre évidemment vu le niveau demandé mais, je pense que c'est parce que je l'ai préparée super sérieusement cette mythique agreg' que j'ai réussi à obtenir l'autre concours...

    Il y a déjà un sacré décalage entre la préparation d'un capes de lettres avec ce qu'on doit faire en collège, surtout en 6e par exemple... On est avant tout préparé pour enseigner au lycée, voire en fac... en ce qui concerne les méthodes, pas le niveau, cela s'entend : je ne suis pas en train de prétendre que je pourrais aller enseigner à la fac les doigts dans le nez ! Au lycée, oui, parce qu'on fait des choses assez proches de notre formation; et au collège, je trouve que plus ça va plus on s'en éloigne. En fac, on fait des dissertations et des commentaires composés, on rédige des pages et des pages d'analyses littéraires plus ou moins poussées. Au collège, on fait de l'orthographe, de la grammaire, des rédactions, et des études de textes assez superficielles mine de rien... Mais, quoiqu'il en soit, on enseigne une matière, au mieux deux. Pas toutes ! On ne saurait pas faire ou alors, pas bien faire.

    Etre prof des écoles ça demande des compétences variées. Le concours prépare déjà à ça, plus ou moins. On voit des exemples pratiques de cours de CP ou de CM. On regarde des copies d'élèves, on essaie de comprendre leurs erreurs... et autour de tout ça, on a des cours théoriques sur un peu tout. A la fin de la formation, je suppose qu'on a des bases variées même si on a forcément une préférence pour une matière ou un groupe de matières.

    Nous, en collège, quand on nous demande de faire de l'aide individualisée en maths et qu'on est prof de français, souvent (dans mon cas !) c'est une catastrophe ! Même au niveau 6e ! Une de mes anciennes collègues disait que les profs avaient tous été d'excellents élèves dans toutes les matières. C'est totalement faux. Bien sûr, il y en a. Mais, je n'en fais pas partie et j'en connais pas mal qui ont un super niveau dans leur matière et un niveau moyen voire mauvais dans d'autres : les littéraires nuls en maths, les scientifiques plus ou moins doués en langues par exemple. Les maths, la physique, même niveau collège, moi, ça me dépasse complètement ! Or, un instit est capable d'en faire, lui ! A l'inverse, il aura du mal à être spécialiste d'une seule matière et à remplacer un prof de collège. Ce n'est pas le même métier, c'est tout.

    Quant au niveau d'études, s'il suffit de dire qu'on a bac + 3 pour pouvoir faire tous les boulots bac + 3, ça va devenir un sacré bordel... parce que même des boulots sans bac ne seraient pas à notre portée. Ce n'est pas une question de niveau d'études mais d'expérience professionnelle. Parfois, j'irais même jusqu'à dire qu'enseigner en lycée est encore une 3e forme différente du métier de prof et qu'au bout d'un moment, un prof de collège aura du mal à s'y remettre, tout comme un prof de lycée serait dépaysé et même perdu s'il venait en collège.

    Imaginons un agrégé à qui on demanderait de faire un remplacement en CP, que se passerait-il ? Et, imaginons un instit habitué aux CP faire cours en prépa... Ok, j'ai choisi le grand écart mais, si on commence à mélanger les genres, c'est ce qui pourrait se produire. Chacun doit être à l'aise dans son domaine et je sais pour l'avoir pratiqué que c'est très difficile d'être bien quand on ne fait pas ce pour quoi on a été formé ou ce pour quoi on a de l'expérience... même de l'expertise comme disait l'une de mes chefs.

    En revanche, il est intéressant, en tant que prof de collège d'aller voir dans les écoles primaires ou de discuter avec des instits, et réciproquement je pense. C'est très enrichissant. Et pareil du lycée au collège même si ça se fait moins.

    Je suis très admirative des collègues du primaire parce que leur métier me semble plus difficile que le mien... et parce que je sais, pour l'avoir essayé, que c'est vraiment pas simple non plus d'obtenir ce concours donc, je ne cherche pas à dévaloriser qui que ce soit mais juste à répéter que nous ne faisons pas le même métier et que nous ne pouvons donc pas faire d'échanges standards entre l'école, le collège et le lycée. Et puis, n'oublions pas qu'à la base, il y a un choix aussi. On se dirige volontairement vers le concours de prof des écoles ou vers celui qui mène au collège/lycée. On n'est pas tous dans le même bateau mais ce bateau, on le choisit dès le départ, en son âme et conscience.

    Pour ma part, j'avais pensé un temps que je serais plus à l'aise avec les petits, que j'aurais plus d'autorité sur eux et que je parviendrais à me faire davantage respecter en primaire. Grossière erreur : j'ai beaucoup de mal avec les enfants, je ne sais pas leur parler et, pour tout dire, les petits ne m'intéressent pas. J'ai donc renoncé à temps et me suis dirigée vers ce que j'aime : la littérature en sachant que ça me mènerait au professorat... en collège ou en lycée. Mais tant pis. Au moins, j'étais dans mon élément intellectuel. Après, restait à gérer les élèves et même si ça a été très difficile avec une période catastrophique, je pense être parvenue à quelque chose de bien : je fais cours avec plaisir, en général (oui, je sais, je râle beaucoup aussi mais, globalement, j'aime ce que je fais alors que je n'aurais pas parié là-dessus il y a 15 ans !). Et je sais que d'autres ont choisi à l'inverse les petits parce qu'ils se sentent beaucoup mieux en leur compagnie. Ceux-là auraient pu venir en collège, ils ne l'ont pas souhaité, c'est leur choix et ça correspond à leur goût. Je ne pense pas qu'ils regrettent ce choix... et si c'e'st le cas, il n'est pas trop tard pour passer le capes et, finalement, changer de métier.

    Pour être franche, si des instits venaient en collège, ça ne me dérangerait pas dans la mesure où ils enseigneraient, je suppose, la matière pour laquelle ils ont eu leur formation générale (littéraire ou scientifique) mais qu'on me demande à moi d'aller en primaire, là, oui, ça m'effraie et là, je me dirais que l'éducation nationale se moque des compétences tant qu'elle peut placer un adulte devant des gamins, au risque de bousiller leur scolarité.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 12 Février 2013 à 18:07
    José61

    Aller enseigner à la fac les doigts dans le nez ça fait pas très sérieux...

    2
    Mardi 12 Février 2013 à 18:10

    eh ben même que c'est pour ça que je peux pas le faire !

    3
    tanki
    Mardi 12 Février 2013 à 18:28

    Dans le cadre de la liaison CM2/6ème, tu n'as pas été amené à enseigner à des CM2 ? C'est très à la mode ^^ !!! Effectivement, je suis admirative du travail réalisé par les professeurs des écoles, j'aime bien aussi les CM quand ils débarquent dans l'établissement !

    4
    Mardi 12 Février 2013 à 19:59

    Pas fait, ils doivent avoir peur que je maltraite les petits !

    5
    Yentl222
    Mardi 12 Février 2013 à 20:12

    Tu as tout à fait raison. Je me suis aussi toujours demandée comment par exemple, les ministres pouvaient changer de portefeuille ainsi sans connaissances particulières plus précises requises...

    6
    Mardi 12 Février 2013 à 20:14

    Exact ! Un coup à la justice, puis à l'agriculture, puis à l'éducation... seraient-ils tous polyvalents ???

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