• Le prof n'est pas toujours un héros

    Un enseignant est-il capable d'aborder tous les sujets ? De gérer tous les problèmes ? D'expliquer tout ce qui se passe dans l'école et hors des murs ? De faire face à toutes les situations ? De comprendre tout ce qui se passe ? De tout analyser ? De prendre du recul en 5 secondes pour faire un cours parfait derrière ? 

    La réponse est non. 

    Le 8 janvier, j'étais incapable de parler des attentats, incapable de préparer un cours, incapable d'entendre les avis des uns et des autres, incapable d'avoir le recul nécessaire pour évoquer sereinement ce qui venait de se passer. J'en parlerai. Un jour. Quand j'en aurai envie. Pas parce qu'on me dit qu'en tant que prof je DOIS le faire. Le faire pour le faire mal ? Pour me faire mal ? Pour me faire démolir si je dérape parce que je ne maîtrise pas le sujet ? Pour être maladroite et donc inefficace voire nuisible ? Pour me ridiculiser ? Juste parce que je suis prof, et en particulier prof de lettres... Oh la la, le prof de lettres qui doit pouvoir parler de tout dans son immense culture. Là, en une seconde, il vous prépare un cours béton sur les tenants et les aboutissants de tout, de rien. Et, avec l'enthousiasme dont on le sait capable, il va se lancer et il va les convaincre, ses élèves ! Et s'il se plante ? Ah, là, fatale erreur ! Sale prof ! Abruti qui ne sait pas de quoi il parle ! Il choque, il dérange, qu'il dégage ! Pour le bien de tous, pour ne pas contrarier ses élèves ni les parents. Je n'ai pas voulu et je ne veux pas être ce prof qui, sous prétexte qu'il a reçu des centaines de dossiers pour faire son cours sur Charlie, va commettre l'erreur qui ne sera pas pardonnée. Parce qu'on ne pardonne pas au prof. 

    Je vois souvent aussi des collègues qui, suite au décès d'un proche d'un élève se mettent en quête de textes, de musiques ou de je ne sais quoi pour "en parler". A-t-on besoin d'en parler ? Est-ce notre rôle ? N'est-ce pas un peu prétentieux et même ridicule de se dire qu'on va jouer un rôle dans un moment aussi grave et intime pour un enfant ? N'est-ce pas outrepasser sa fonction que de penser que notre cours va amoindrir la peine de quelqu'un (qu'on ne connaît pas vraiment, en plus) ? Et puis, avons-nous envie de le faire ? Si on me demande de le faire, je refuse tout net. Je ne pourrai pas parler calmement, sereinement, professionnellement d'un sujet qui me fout moi même en l'air. Comment pourrais-je aller vers un enfant et lui parler de la mort de sa mère par des textes alors que je sais que jamais aucun texte ne me soulagerait si ça arrivait ? 

    Le prof n'est pas -encore- une machine. Je ne peux pas faire sans mes sentiments, sans mes blessures, sans mes terreurs. Je ne peux pas aborder certains sujets avec mes élèves. Et, mon professionnalisme s'arrêtera toujours où mes émotions ne peuvent pas aller. Ce n'est justement peut-être pas professionnel. Je ne sais pas. Peut-être que le bon prof c'est celui qui est capable de parler de tout et de tout expliquer avec le recul et la distance qui s'imposent. Celui qui sait rebondir sur l'actu, toutes les actus, même les pires pour en faire un cours génial dont les enfants sortiront grandis. Je ne suis pas comme ça. Si la vague m'a emportée et à moitié noyée, je ne vais pas être capable de surfer dessus comme si de rien n'était. J'aurais bien aimé être de ces profs géniaux qui savent faire feu de tout bois avec talent... ces sortes de héros de temps modernes que rien n'arrête. Mais ce n'est pas le cas. 

    Et j'ai quand même l'impression que pas mal de gens ont oublié que les profs ne sont pas des machines... à moins que de les voir se débattre dans la fosse aux lions sans aucune protection ne soit tout simplement une distraction comme une autre...  

    « Perles mignonnes comme tout.Avant, c'était il y a longtemps... »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 10:55
    Cerise violette

    C'est ça être un prof responsable et non tout puissant . Les enfants ont des parents , des proches des grands frères et sœurs parfois et ils peuvent gérer les émotions, pleurer ensemble,crier en chœur et discuter des heures . Et se câliner quand la peine est trop grande .

    Courage ! Bises  

    2
    Agrum
    Samedi 24 Janvier 2015 à 21:30
    3
    Samedi 24 Janvier 2015 à 22:01

    Tellement vrai !

    4
    karleman
    Samedi 31 Janvier 2015 à 15:45
    Je pense qu'il faudrait embauché des profs d'instructions civiques.
    Je me rappelle qu'on avait abordé, à mon époque au lycée, l'histoire de la shoah en géographie dans l'étude de l'URSS... (hé oui...). Je souligne que l'URSS était l'Union Soviétique pour les plus jeunes qui n'ont pas connu (j'aime me la péter quand j'ai quelques notions...). J'explique que notre prof parlait de géo quand un élève avait posé la question sur l'invasion allemande du 22 juin 1941 ( :D non mais comment je me la pète !) et que nous en étions venu à parler des massacres sur les civils russes puis la shoah (massacre sur les juifs. Nan mais je sais j'aurais dû faire historien. :D).
    Bref, je me suis collé une mauvaise note en interro-écrite sur la géo-morphologie de l'URSS.
    Peut-on parler de tout ? Peut-être. A condition d'écouter tous les avis et que le sujet soit aborder sur un contexte précis et pas sur chapeau que portait Napoléon Bonaparte.
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