• Le numérique : une solution miracle ?

    Alors comme ça, le numérique va tout arranger à la place de l'école ? C'est ce que prétend cet article en tout cas. L'auteur part du principe (de plus en plus répandu) que le savoir est à la portée de tous les jeunes et qu'ils n'ont donc, a priori, plus besoin des profs pour apprendre. Au mieux, ceux-ci seraient relégués à l'organisation de ces savoirs qu'on trouve partout sur le net. 

    Autant, je suis passionnée par les nouvelles technologies, autant j'ai la preuve tous les jours que les jeunes ne sont pas capables d'en tirer profit ni même d'y trouver quelque chose d'utile. Quand on regarde une classe en salle informatique, sur le net, non seulement il y a plein de choses que les élèves ne maîtrisent absolument pas (facebook et ask ne sont pas très utiles pour les études...) mais surtout leur manque (voire absence) de culture et de connaissances (contrairement à ce que disent les pédagogos, nos élèves ne savent pas tout et ils ont des tas de choses à apprendre) fait qu'ils croiront tout et n'importe quoi à partir du moment où c'est publié sur le net. En admettant qu'ils trouvent les infos qu'on leur demande, ils ne vont jamais les vérifier, ni comparer à d'autres sites. Non, le 1er sur lequel on tombe, c'est bon. Et souvent, c'est un site publicitaire mais ça ne les dérange absolument pas. 

    Ensuite, partir du principe que les jeunes (à part peut-être après le bac et encore...) vont avoir l'envie spontanée et naturelle d'apprendre et d'enrichir leur culture par eux-mêmes c'est... comment dire... d'une débilité profonde ! Les ados passent du temps devant les écrans, ça oui, on est d'accord... mais pour y faire quoi ? Passent-ils leur week-end à regarder des reportages culturels, à lire des journaux en ligne, à lire des articles sur l'art, la nature, la science ? Qui fait ça, hein ? Sérieusement ? Surtout que l'article dit que les élèves en difficulté seraient les premiers à bénéficier de ce système numérique ! Laissez moi rire ! Si certains étudiaient sur le net pour approfondir leurs cours, ce seraient les bons élèves, voire les excellents mais certainement pas ceux qui ne comprennent rien en cours ! Ceux-là utilisent le net pour se distraire, draguer ou regarder des videos classées X, c'est tout. Ce que je dis là est aussi caricatural que ce genre de propos où on sous-entend que les élèves sont nuls à cause du système scolaire actuel. Ils sont nuls parce qu'ils ne sont pas faits pour les études ou parce qu'ils ne travaillent pas, ou parce qu'à la maison on leur dit que ça ne sert à rien de bosser en cours, ou parce que dans la famille on est limité intellectuellement (et ne dites pas que ça vous choque parce qu'on sait tous que ça existe, des gens qui n'ont pas les capacités intellectuelles d'apprendre... ce qui ne les empêche d'ailleurs pas d'être excellents dans d'autres domaines !). 

    Le tout numérique, ça me fait marrer. Un ordinateur corrigerait les copies de façon plus "juste" ? Mais bien sûr ! Quand on voit les tolérances qu'on a (ou qu'on est bien obligés d'avoir) en lisant des rédactions truffées de fautes dont vous n'avez même pas idée, on se dit qu'un ordinateur en perdrait ses connexions vite fait ! Que comprendrait-il à ceci : "je taimer mes tu ai partit est tu ma brizer le ceure" (trouvé dans un dialogue de rédaction) ? Le prof, humain, peut se dire que si c'était bien écrit, dans le texte où il fallait rédiger un dialogue entre deux amoureux, c'était joli et bien trouvé. On ne comptera pas trop l'orthographe. On aura essayé de comprendre ce charabia et selon l'élève, s'il est dyslexique ou je ne sais quoi, on notera avec bienveillance, comme on dit. Depuis quand une machine pourrait-elle faire preuve de bienveillance ? Malheureusement, comme la plupart des gens s'imagine que les profs notent n'importe comment et à la tête du client, ils se disent que la machine serait plus juste. Sauf que là, ils s'apercevraient des dégâts de la "justice" mécanique et comprendraient peut-être que si nous notons à la tête du client, c'est plutôt une bonne chose pour le client. 

    Il y a certainement des tas de choses à mettre en place pour essayer de sauver un système d'instruction qui n'instruit plus vraiment ou en tout cas, plus correctement mais ce n'est pas avec le tout numérique qu'on y arrivera. Il n'y a qu'à lire les pages FB des ados pour constater qu'aujourd'hui ils ne sont plus ni curieux, ni courageux, ni ambitieux (à part pour devenir joueur de foot pro et gagner des millions parce qu'ils pensent savoir taper dans une baballe). Or, pour s'instruire, il faut un minimum des trois. C'est ça qu'il faudrait redonner aux jeunes : l'envie de réussir, l'envie de travailler, accepter de faire des efforts même quand ce n'est pas drôle, accepter d'apprendre même si on a l'impression que ça ne sert à rien. Au lieu de ça, nos jeunes cervelles mettent leur imagination et leur énergie à échafauder des plans pour emmerder les profs, leurs parents, pour mettre en scène des drames dignes des pires soaps américains et s'imaginer, dès 11 ans, des histoires d'amour tragiques et jouer aux grandes personnes. Toute l'énergie que certains mettent à haïr l'école et les apprentissages serait une merveille s'ils l'utilisaient à bon escient. Peut-être même qu'en effet, ils seraient meilleurs que nous l'étions parce qu'ils disposent de tellement de choses géniales dont nous n'avions même pas idée (puisque ça n'existait pas encore). Leur énergie associée aux technologies pourrait faire d'eux ce que l'on croit à tort qu'ils sont : des génies. Mais au lieu de ça, beaucoup se plaisent et se complaisent dans leur ignorance bercée de télé-réalité et de discussions aussi vaseuses que creuses sur le net. C'est cette mentalité qu'il faudrait changer mais comment ? Je n'ai hélas pas la réponse... 

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 20 Avril 2014 à 15:28

    Je suis d'accord avec ce que tu as écrit. :)
    Ce qu'il y a sur la toile est fantastique. Mais il y a aussi des tas d'absurdités. Je m'intéresse à l'Histoire et je peux te dire que j'en ai relevé des tonnes. Il suffit d'aller sur les forums de jeux vidéos et de lire ce que les jeunes joueurs(euses) disent sur des sujets graves comme la négation du massacre des amérindiens par l'armée américaine ou bien la méconnaissance de l'esclavage au Etats-Unis d'Amérique. J'ai lu que certains pensaient que les afro-américains étaient payés dans les plantations avant la guerre de sécession! Incroyable mais vrai!

    Donc, tu as raison. Il faut d'ailleurs faire attention aux informations qui circulent sur le web.
    Comme je disais, il y en a d'excellentes à lire absolument. Mais les plus jeunes ne doivent absolument pas faire leurs éducations sans professeurs pour leurs apprendre ne serait-ce que réfléchir et avoir un esprit de recherche du vrai et du faux afin de se forger leurs propres opinions et esprit de réflexions qui donnent à mon sens, la véritable indépendance. 

    Enfin, même au niveau de la sexualité, il serait bon qu'on explique à certains jeunes (garçons et filles) que les films X ne sont là que pour distraire. Car dans la réalité, aucune femme ne va se soumettre aux désirs et fantasmes d'un homme qu'elle vient de rencontrer.

    Il fallait le dire. 

    Quand aux technocrates qui se veulent plus malin que les autres et bien sûr qui défendent l'indépendance des élèves... mon avis et que ces gens ont une idée derrière la tête. Cette idée,c'est que si le peuple n'est plus instruit, cela sera bon pour les profiteurs capitalistes. Un peuple naïf est un peuple qu'on peut soumettre à toutes sortes d'esclavagismes.

    Travailler plus pour gagner plus... est un parfait exemple. A mon avis. :)

    Merci pour ce texte, chère Béatrice.
    Des bises 

    2
    Dimanche 20 Avril 2014 à 15:39

    Je suis tout à fait d'accord avec toi. De plus, les gens sont contents et même fiers d'être cons et incultes la plupart du temps (il n'y a qu'à voir les réactions sur le net quand on les remet à leur place pour l'orthographe ou la culture générale ! )

    Bises !

    3
    Dimanche 20 Avril 2014 à 15:46

    Je pense que si j'avais eu tout ça à mon époque j'aurais pris plaisir à apprendre, mais ce n'était pas le cas et aujourd'hui je regrette parfois de ne pas avoir eu intérêt à apprendre la géo que je détestais tant, ainsi que la grammaire (espagnole), ou bien l'histoire, les maths que je détestais ou la physique ou la chimie là où j'étais un peu meilleur...

    Aujourd'hui les jeunes ont un outil formidable qu'est l'informatique et beaucoup s'y intéressent beaucoup et arrivent à faire des choses formidables... Bon, c'est vrai que la plupart en font ce que tu décris, des brebis galeuses y en aura toujours! sarcastic

    4
    Dimanche 20 Avril 2014 à 15:51

    J'aurais adoré aussi. Il y a bien sûr des jeunes qui savent utiliser cet outil mais ceux que je vois ne le font pas, ils ne connaissent que l'aspect ludique ou alors l'aspect "pratique" qui leur évite de réfléchir (encore une fois).

    5
    Julien
    Dimanche 20 Avril 2014 à 21:46

    Et oui, la révolution numérique ne fait pas tout. Quand je pense que je suis la dernière génération a avoir utilisé des livres pour ses exposés ou ses rédactions. Le processus était toujours le même. On allait voir dans les encyclopédies diverses et variées (Tout l'Univers, Axis et autres...), on feuilletait les dictionnaires. On allait à la bibliothèque demander à la documentaliste des ouvrages sur tel ou tel domaine. On allait chez des amis pour feuilleter dans leurs encyclopédies (c'est que ça coûtait cher et tout le monde n'avait pas les moyens d'en acheter). Bref, on partageait avec tout le monde. On se déplaçait, on prenait du temps pour les autres. Généralement la journée de recherche se terminait par un goûter entouré de livres. On avait aussi conscience que telle ou telle source était plus ou moins récente. Mes grands parents avaient de vieilles versions de Tout l'Univers, on faisait donc la part des choses en comparant aux versions plus récentes mais on s'amusait des illustrations anciennes et ou du traitement de certaines infos.


    Quand on réalisait l'exposé, on devait écrire à la main (oui à la main) sur du papier ou un cahier de brouillon. On dessinait, on reproduisait, on décalquait les schémas. ça nous prenait des heures et des heures mais on était content du résultat quand même.


    Maintenant en deux clics, on reproduit tout un paragraphe sur Internet. La révolution numérique a facilité l'échange d'informations mais a tué le goût de la recherche, la difficulté saine et vitale, le goût de la curiosité et de la recherche. Qu'est ce qu'on était satisfaits quand on trouvait un article sur le sujet qu'on voulait !! La rareté, le petit paragraphe qui nous sauvait !


    Alors certes, cela permet d'échanger des tas de ressources, d'augmenter sa source potentielle de "connaissances", mais au final où est passé la convivialité, tous penchés sur les vieux livres qu'on ressortait de l'armoire de Grand Père ? Où est passé le temps de prendre le temps et le goût du travail bien fait ?


    Le numérique, c'est très intéressant mais encore faut-il l'utiliser à bon escient et s'en servir correctement. En fouillant, on peut trouver des choses intéressantes, mais il faut encore faire le tri et cela reste difficile tant les sources sont contradictoires, floues, souvent erronées.


    Finalement cela me fait penser aux ouvrages d'Illich pour qui une société qui passe un certain degré d'utilisation de l'énergie (typiquement le passage du livre au tout numérique) perd en convivialité et en joie de vivre. Et je ne peux que rejoindre son analyse. Le "tout écran" pousse à l'individualisation des comportements (même si les recherches à deux peuvent toujours s'effectuer, il ne reste qu'il n'y a qu'un clavier ou qu'une souris) et donc à la perte de l'oeuvre collective bénéfique à la société. La transmission intergénérationnelle, par exemple, n'est plus entretenue.


    Je me souviens encore chercher dans les livres de mon grand père des informations. Mes grands parents étaient à côté et cherchaient avec moi, m'aidaient et me lisaient des passages que je recopiais. Maintenant, ils ne sauraient utiliser un ordinateur, ce genre de situation est donc impossible à reproduire.


    Et je ne m'arrête qu'aux côtés informationnels du numérique et de l'Internet, il est évident qu'il est devenu un outil de loisirs pour beaucoup d'entre nous et beaucoup de jeunes qui ne voient pas autre chose que cela. Une sorte de console vidéo connectée, pleine de musique, de films, de trucs drôles (même si stupides, mais ça c'est une autre histoire). Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. Dans une société des loisirs, qu'on dispose les moyens de se distraire c'est tout à fait normal, la seule différence c'est qu'entre toutes les distractions on se demande comment faire la part de ce qui relève de la culture que du loisir. Au final, le numérique et l'Internet a réussi le mariage étroit des deux (pour le pire ou le meilleur). Nous, qui avons vécu l'avant numérique, savons faire la part des choses. Aujourd'hui, il faudrait apprendre à tous ces jeunes de faire la part des choses et j'imagine que les enseignants alertent sur ce sujet très souvent.


    Finalement, dans une encyclopédie papier, le seul côté ludique c'était les illustrations et au final on apprenait des tas de choses en s'amusant ou en découvrant des images étranges ou inconnues.


    Bref, Internet ne remplacera l'école. Internet ne sera jamais la vraie vie. Ceux qui affirment qu'on peut s'instruire par Internet n'ont pas tort (je le fais quotidiennement personnellement) mais encore faut-il savoir et connaître l'outil et apprendre à discerner ce qui relève d'un info, d'un site commercial, de sources biaisées. Et plus largement, je rajouterais qu'Internet ne remplacera pas la présence humaine, celle qui permet à une société et à ses membres de coexister et de vivre ensemble. Vivre ensemble, ce n'est pas être chacun derrière un écran, c'est se parler et échanger mutuellement (même si parfois on aimerait mieux l'éviter mais bon). C'est ce qui fait sens et réalité humaine. Une société ne pourrait fonctionner dans l'enfermement de chacun contre chacun. C'est du pure délire !


    Alors oui pour le numérique pour les jeunes mais à petites doses, de manière réfléchie et encadrée. Bref, tout le contraire de ce qui se passe aujourd'hui.


     


     

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