• La seule à être seule

    Etre la seule à être seule, étrange malédiction que celle-là et pourtant, elle me suit depuis toujours. A l'école maternelle déjà, j'étais la seule de ma classe à être fille unique, donc la seule à être seule. C'était une curiosité pour moi d'imaginer que les autres vivaient avec des frères et des soeurs. De plus, cela semblait être la norme. Les instits demandaient toujours des infos sur nos frères et soeurs et j'étais la seule à dire que je n'en avais pas. Souvent, l'instit prenait un air triste ou disait carrément que c'était triste d'être enfant unique. Pourquoi triste ? Je ne le comprenais pas vraiment. Et puis les années passaient et j'étais toujours la seule à être seule. Les autres me demandaient si je ne m'ennuyais pas. Je répondais que si, évidemment, parfois mais que j'aimais bien m'amuser seule, que je préférais même être seule plutôt que de partager mes jouets avec des plus petits qui les auraient cassés. Certains camarades de classe se rangeaient à mes arguments tellement ils en avaient marre justement des petits frères qui ,'arrêtaient pas de les embêter et à cause de qui ils se faisaient toujours punir.Moi, en général, quand j'étais punie, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi... sauf quand les responsables étaient les gamins que ma mère gardait et qui accessoirement me donnaient une image de ce que pouvait être la vie avec un frère ou une soeur, au choix selon la livraison de l'année. Heureusement, ceux-là, ils repartaient le soir et ne revenaient que le matin. On ne se les coltinait pas non plus les week end, sauf exception... J'éprouvais même parfois une certaine sympathie pour eux, quand ils étaient sages et qu'ils n'accaparaient pas trop ma mère... 

    Et au collège, j'ai découvert une autre forme de solitude. J'étais toujours la seule enfant unique mais j'étais aussi la seule "solitaire" de l'école. C'est à dire que dans la cour de récréation, j'étais la seule élève à être seule, sans aucun ami à qui parler. En classe, les profs me mettaient parfois à côté de quelqu'un mais ce n'était qu'une présence provisoire, éphémère même qui s'évaporait dès que la sonnerie retentissait. Quelquefois, on m'adressait la parole et je me prenais à croire que peut-être c'était la fin de ma solitude mais non... ça ne durait jamais. Si j'essayais de m'intégrer de moi-même à un groupe, celui-ci se déplaçait afin de se débarrasser de ma gênante intrusion... je comprenais le message et je retournais dans mon coin. 

    Aujourd'hui, c'est un peu différent. J'ai des collègues de travail et des amis mais il n'empêche que presque toujours, je suis la seule à être seule dans la vie... pas mariée, pas de compagnon, pas d'enfant. La pire des choses qui pourrait m'arriver serait de perdre ces amitiés qui me donnent enfin l'impression que la malédiction ne pèse plus autant sur moi. Je crève de peur à l'idée d'être abandonnée et de me retrouver à nouveau la seule à être seule au monde.

    « Passionnément, à la folie...Le chat... chasseur d'angoisses »

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 29 Août 2007 à 15:44
    P'tit Juju

    Tu sais que tu n'es plus seule Béa, ou alors on est seuls à deux. Tu es la seule et véritable amie que j'ai sur cette Terre alors tu vois, tu n'es pas exclue, du moins désormais il est évident qu'il y'a des gens autour de toi qui tiennent à toi et c'est le plus important. Exit, les maris, les enfants, les compagnons, si cela ne t'intéresse pas  ou que tu n'as jamais l'occasion de réaliser ces shémas de vie, peu importe, il y'a des gens qui t'aiment quand même.
    Je ne suis peut être pas ton petit ami, ni ton enfant, mais l'amour n'a pas de sexe, ni de désir quand il est uniquement dirigé vers la personne, et en l'occurence toi.
    Alors tant pis même si le temps passe, et que tu sais que tu ne pourras jamais ressembler à ces photos sur papier glacé représentant une famille unie avec le chien et ces pseudo-amours heureux. Comme je dis toujours "Il n'y a pas d'amour d'heureux, il n'y a que des solitudes qui s'aiment". 

    Donc, je serai là aussi longtemps qu'il faudra, peut être même plus que si tu avais eu un véritable amour tel qu'on le voit dans les contes de fées, l'important au final c'est de se sentir bien avec les personnes qu'on aime et de se sentir aimé. 

    Et tu sais bien ma p'tite Béa à quel point tu comptes pour moi.
    Je t'aime telle que tu es, ne change surtout pas :)

    Ton P'tit Juju.

    2
    Mercredi 29 Août 2007 à 18:54
    Béatrice
    Merci pour ce joli texte, Juju. C'est vraiment touchant ! Mais, tu sais, cette inquiétude qui s'empare de moi de temps en temps, je ne la contrôle pas... Cette terreur de l'abandon est omniprésente. Alors, des messages comme celui-là me rassurent, bien sûr... mais un jour ou l'autre, sans que sache pourquoi, l'angoisse reviendra... agaçante, obsédante, terrifiante...
    3
    Jeudi 13 Septembre 2007 à 15:35
    en lisant ce que tu as écrit, je pense à mon frère qui, pour des raisons que je partage mais sans que je puisse y apporter une solution - hélas - ressent la même chose que toi et ne parvient pas à y mettre des mots, peut-être même pas à prendre conscience de sa solitude tellement il est habitué à vivre ainsi : il ne semble pas malheureux, mais même avec nous il me semble ailleurs... jamais très joyeux, pas triste non plus, et ça a toujours été comme ça, rapport à notre enfance, mais je ne peux pas en parler avec lui puisqu'il n'en exprime pas le besoin... à part qu'à 30 ans il n'a personne dans sa vie à part plein d'amis, collègues, voisins, et il voudrait bien fonder une famille mais les femmes de son âge sont souvent mariées ou fiancées ! bref, tu n'es pas seule dans ta tête et à partir de là tu rencontreras certainement la personne avec qui rompre avec le passé.
    4
    Mercredi 17 Février 2010 à 14:43
    Yentl
    Fille unique, divorcée, vivant seule et sans enfant... je vois très bien de quoi tu parles.
    Mais parfois, il y a des situations qui ne font vraiment pas regretter d'être seule !!!
    Chasse ces vilains nuages, tu as des amis, c'est important =-)
    Gros bisous
    Yentl
    5
    Mercredi 17 Février 2010 à 14:48
    Yentl
    Je n'avais pas lu les autres commentaires avant de poster le mien, puis j'ai lu celui de Juju... j'en suis très touchée moi-même et donc j'imagine bien ce que tu vas ressentir à cette lecture.
    Je tenais à féliciter Juju d'avoir exprimé de si jolies choses en si peu de mots...
    votre amitié est merveilleuse.
    Gros bisous
    Yentl
    6
    Mercredi 17 Février 2010 à 17:12
    anne
    Je te comprends et c'est pour cela que j'aime avoir des visites sur mon blog, histoire d'avoir l'impression d'exister pour des gens.
    Sinon, je me sens abandonnée.
    Dommage que nous ne soyions pas plus proches géographiquement, on pourrait se tenir compagnie entre personnes seules.
    Bisous
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