• Juste des gens bien

    "Il est dangereux d'admettre le public dans les coulisses. Il perd facilement ses illusions, puis il vous en tient grief car c'est l'illusion qu'il aime" (Somerset Maugham)

     

    Citation intéressante que celle-ci. Elle met en lumière cette espèce de fascination pour l'aveuglement dont nous faisons preuve dès qu'il s'agit de nos idoles. Passer derrière rideau est souvent un traumatisme pour l'admirateur et pourtant quel est l'admirateur qui n'en a jamais rêvé ?

    Je suis fan depuis des années de Claude François et pendant très longtemps, je l'ai idéalisé. Bizarre de chercher à oublier le côté humain de l'artiste... Un peu comme si on espérait inconsciemment qu'il existe effectivement des êtres parfaits, des demi-dieux, des références, des modèles... comme pour se rassurer d'être aussi imparfaits peut-être, se raccrocher à l'idée que la perfection existe. A moins que ce ne soit tout simplement pour conserver ces instants d'enfance, ceux où l'on croyait encore à la perfection des adultes, ceux où nos parents apparaissaient comme des super héros, prêts à tout pour nous protéger des dangers de la vie. Il ne nous serait même pas venu à l'idée de douter de leur super puissance et pourtant... Un jour, on s'aperçoit qu'ils sont comme nous... qu'ils croulent sous les doutes et qu'ils font simplement ce qu'ils peuvent, comme ils le peuvent, et que parfois même s'ils font au mieux ce n'est pas suffisant. Alors pour compenser, on se tourne vers les artistes, ces êtres de lumière, beaux, talentueux, adorables, souriants... Claude François c'était tout ça ! L'image de la perfection Pas question alors de revivre le traumatisme connu avec les parents ! On veut conserver intact ce nous super héros qu'on s'est trouvé ! Interdiction à qui que ce soit d'écorner l'image de la perfection qui nous permet d'être à nouveau rassuré, comme avant...

    Et pourtant... on finit par prendre conscience que nul n'est parfait, pas même nos héros de lumière. On rêve de les rencontrer mais c'est avec la trouille au ventre qu'on y va si on en a l'occasion parce que l'illusion peut s'effacer définitvement parfois. Alors comme le dit Maugham, on en veut à l'artiste. Cependant ce n'est pas à lui qu'il faudrait en vouloir. Certes il a construit une image de perfection pour nous envoûter mais si nous avons marché dans la combine c'est que nous le voulions bien. Il ne faudrait jamais rencontrer ses rêves si on n'est pas certain d'accepter la dure réalité.

    J'ai longtemps cru ainsi que Claude François était la perfection et j'imaginais que tout s'effondrerait si la réalité n'était pas conforme à mon rêve. Et puis, en grandissant, en vieillissant, en apprenant à ouvrir les yeux j'ai découvert que finalement ce sont toutes ces imperfections qui faisaient de lui quelqu'un de vraiment admirable. Le super héros avait laissé la place à un être humain qui a su gérer au mieux ses défauts, une peu comme Baudelaire savait tirer "les fleurs du mal". N'est-ce pas cela qui mérite vraiment l'admiration ? Et du coup, nos parents, bien souvent, rentrent aussi dans cette catégorie... des gens bien qui ont fait au mieux. On peut porter sur eux un regard lucide mais admiratif et reconnaissant. Ils ont fait de nous ce que nous sommes : des êtres imparfaits qui à leur tour feront de leur mieux avec leurs défaillances et leurs atouts.

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