• Je suis pour l'égalité !

    Il y a quelques années, je m'étais pris la tête avec une collègue qui disait que puisque les élèves n'ont pas le droit de mâcher du chewing-gum ni d'utiliser leur portable au collège, les profs ne devraient pas le faire non plus... ni devant eux, logique en quelque sorte (même si, j'en suis sûre, à mon époque, on n'aurait pas trouvé choquant qu'un prof fasse un truc qu'un élève ne faisait pas parce qu'on faisait la différence entre l'adulte qu'il était et l'enfant que nous étions), ni en salle de profs non plus (et limite même pas sur le parking du collège)... et là, pas logique parce que salle des profs = profs = adultes. Mais, poussons cet état d'esprit un chouia plus loin :

    - bientôt les élèves ne seront plus notés, donc, les profs non plus ? Eh oui, nous avons chaque année une note administrative et régulièrement une note d'inspection. Si la note est traumatisante, supprimons-la. Quoi ? Ça traumatise oui ou non ?

    - certains pédagogo disent que l'idéal serait que les élèves puissent avoir les cours qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent. Les profs pourront donc avoir les élèves qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent ?

    - dans la même veine, si les élèves n'ont pas envie d'apprendre, ils devraient pouvoir faire autre chose. Si je n'ai pas envie de faire cours, je peux ?

    - les enfants ne doivent pas avoir de devoirs à faire à la maison afin de profiter au max de leurs activités. Finies les préparations de cours et les corrections de copies sur notre temps libre, alors ?

    - lorsque l'élève insulte ou frappe le prof, ce n'est pas la personne qu'il insulte ou frappe mais ce qu'elle représente, sa fonction. Si j'insulte ou si je frappe un élève, ce n'est pas un enfant mais un élève donc sa fonction aussi, non ?

    A tout cela, on va me rétorquer que ce sont des enfants, que les profs sont les adultes avec un énorme salaire pour ce merveilleux job. Je suis d'accord (enfin presque... les profs sauront quel(s) adjectif(s) supprimer). Mais alors, il faudrait justement qu'à chaque instant les profs soient considérés comme des adultes avec des droits et des devoirs d'adultes et pas que ça puisse varier selon les délires et caprices des uns et des autres. Déjà, à la base, le prof fait partie de ces gens qui n'est pas sûr de pouvoir faire son boulot et ça aussi c'est un sacré privilège. Demandez-vous, tiens, par curiosité, quelles autres professionnels sont ainsi régulièrement empêchés de faire ce pour quoi ils sont payés... j'en vois quelques uns, mais pas tant que ça en fait. 

    L'infantilisation est au coeur de la profession - sans doute parce qu'on travaille avec des enfants, certains mélangent un peu -  et c'est aussi l'un des trucs qui m'insupporte de plus en plus (pas le seul, hélas). A lire certains collègues (pas tous heureusement), on a l'impression que, finalement, les profs sont à égalité... ou non, inférieurs, aux élèves sur bien des points puisque, quand on y réfléchit, les profs doivent avant tout penser à leurs obligations vis à vis des élèves, des parents, de la hiérarchie, des gens en général...et leur droit, en particulier celui de travailler, tout simplement, est régulièrement baffoué. Les élèves, ou plutôt "les emmerdeurs", quant à eux, ont des droits qu'ils ne manquent pas de mettre en avant, jamais. Ils ont aussi des devoirs mais on leur octroie tellement souvent la possibilité de s'en défaire pour ne pas les traumatiser, que, finalement, ils finissent par les oublier.

    Bien sûr, les élèves sympa, gentils, polis, respectueux passent souvent à la trappe parce que tout le monde s'en fout (même les profs, justement, qui ont assez à faire à gérer les autres) ! Ils ne se font pas remarquer donc, ils n'ont pas de problème (tu parles !). Les autres, ceux qui ne respectent rien ni personne, qui bousillent les cours (et/ou les profs) et qui sont minoritaires, sont ceux qui profitent à fond du système, ceux qu'il faut protéger, ceux à cause de qui on doit sans cesse "renouveler nos pratiques" et "nous remettre en question"... sans nous demander si ça nous convient et sans se demander si ça convient à la majorité silencieuse des gamins qui ne demandent rien, n'exigent rien et ne demandent, eux aussi, qu'à travailler dans de bonnes conditions.

    Je considère, mais j'imagine que j'ai tort, qu'on les a sacrifiés (et qu'on continue à le faire) ces gamins sympa et bosseurs, depuis des années au profit de tous les p'tits cons qui, dans toute leur ingratitude, sont ceux qui, une fois devenus adultes, diront qu'ils ont été malmenés par des salauds de profs et dont on publiera les commentaires dans les magazines de psycho pour démontrer à quel point le prof est nuisible. On se gardera bien de dire combien de profs ont craqué en silence et en privé après avoir eu affaire à ces p'tits cons, combien d'entre eux ont fini par tomber malade ou, pire, combien seront finalement morts de ce mépris affiché et de cette solitude extrême(autre privilège du métier) face à ces mignons petits élèves qui ne font, apparemment, que se défendre. 

    Les trucs que je propose plus haut permettraient une vraie égalité, non ? C'est exagéré ? Bien sûr... mais pas vraiment plus que les conneries qu'on peut lire (ou pire, entendre) parfois... 

    « Toutes les vulgarités du dictionnaire conviendront !Il était une fois, dans une forêt... »

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  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Septembre 2014 à 13:15

    Et moi je suis pour que la méthode ancienne revienne sans aucune concession! sarcastic

    2
    Samedi 27 Septembre 2014 à 13:16

    Elle avait ses défauts aussi... l'idéal serait un mix des deux avec, quand même, le respect du prof et des élèves méritants comme base. 

    3
    Samedi 27 Septembre 2014 à 13:23

    Trop tard, le mal est fait...

    4
    Eireen
    Samedi 27 Septembre 2014 à 14:18
    Alors là, bravo ! Effectivement que c'est bien pensé et dit !
    5
    do de goron
    Samedi 27 Septembre 2014 à 21:01

    Oui, merci Béatrice. Amer constat.

    Anecdote: j'ai fait un remplacement dans une classe de 5 ème que je ne connaissais pas: une majorité de p'tits cons mal élevés, excédée j'ai fini par mettre une croix à tous les élèves dans la grille de suivi, d'ailleurs déjà très bariolée! Mais qu'une seule retenue en vue! Et l'un d'eux de dire: pas grave, elle écrit à l'encre" j'ai repassé au bic du coup et lui ai mis une deuxième croix.. Dans cette classe, un élève excellent et sympathique que j'ai eu en 6 ème. Le pauvre, quelle année va-t-il passer?

    Quel soulagement quand je suis sortie!

     

     

    6
    Agrum
    Samedi 27 Septembre 2014 à 21:13
    Agrum

    Pour le chewing-gum, ta collègue et ceux qui tiennent le même discours devraient savoir qu'un minimum de politesse impose de ne pas en mâcher quand on s'adresse à un auditoire tel qu'une classe. Donc pas besoin d'une interdiction, précisément puisque des adultes sont capables d'adapter leur comportement dans ces circonstances.

    Pareil pour le téléphone. Hors de question que j'éteigne le mien, en particulier en salle des profs... Par contre, il est sur silencieux, comme ceux des élèves, d'ailleurs. Ceux qui affirment que tous les élèves les éteignent sont bien naïfs...

    Ce qui devient inquiétant, je trouve, c'est que les élèves intègrent bien cette idée d'égalité puisque certains adultes se font un devoir de leur en chanter les vertus. Très concrètement, ça donne :

    "Vous avez rien à dire si on n'a pas fait le travail puisque vous avez pas corrigé nos copies."

    (Un exercice qui correspond à 10 minutes de boulot pour qui le fait sérieusement vs 30 rédactions cousues de fautes).

    "Je suis pas obligé d'emmener le livre puisque vous, vous ne portez qu'un livre et vous venez pas à pied, en bus, en car, en train" (au choix).

    "Vous avez pas de leçons à apprendre" ou encore mieux "Vous savez pas ce que c'est de faire des études / de passer des examens."

    On va dire que ce ne sont que des enfantillages mais ceux qui tiennent ce genre de discours en lycée sont parfois de jeunes adultes et comme tu l'as bien dit plus haut, ce n'était pas envisageable "autrefois", même à 12 ans.

    Voilà pour l'instant.

     

     

     

     

    7
    Julien
    Samedi 27 Septembre 2014 à 22:38

    Notre système scolaire est tout de même ancien (1880). Il correspond à une époque où la Révolution Industrielle faisant, il était dans l’intérêt des entreprises et de l’Etat d’apprendre aux enfants le « conditionnement », la « hiérarchisation de la vie publique » par les professionnels, le « temps-horaire » de travail et le respect de ces mêmes horaires. On peut dire ce qu’on voudra, le système scolaire n’a jamais été construit (à la base) pour être égalitaire. Il s’agissait pour la bourgeoisie d’étendre son pouvoir sur la classe ouvrière, et faire en sorte que celle-ci accepte le système qu’on lui donne sans rechigner ni même demander autre chose. C’était pas mal vu. Avant 1880, il y avait d’autres écoles (dont l’école individuelle notamment) ou d’autres systèmes d’apprentissage ou la relation maître/élève n’était pas celle qui prédomine encore actuellement.


     


    La particularité de notre système d’éducation par la scolarité (je précise par ce que c’est une invention purement culturelle) s’établit dans le rapport de dominance (propice aux rapports de forces de la société en vigueur), à savoir qu’il faut un dominant (le maître ou le prof) et un dominé (l’élève). L’idée sous-jacente est de faire comprendre qu’il en est ainsi pour la vie entière de l’individu, dans son travail (salarié) plus tard et jusqu’à sa mort. Chaque professionnel de la vie publique (de l’Etat, de la Santé, jusqu’à la morgue) étant les seules et uniques autorités compétentes en la matière pour répondre aux besoins de l’individu. De la même manière, le respect du « chef » et de l’autorité supérieure est primordiale dans un travail salarié et donc hétéronome. Si l’individu ressent le besoin de faire par lui-même ou autrement, la ligne de conduite lui est rappelé vivement. C’est soit ça, soit tu es évincé/ignoré/ostracisé… 


     


    L’école de Jules Ferry n’a donc qu’un seul but : faire en sorte que les individus puissent accepter le système et l’organisation du système hiérarchique et l’ensemble des rapports de dominance en présence. Jamais l’école ne lui fera prendre conscience de sa nature de sujet car en cela, elle échouerait à faire des individus des êtres capables de vivre dans cette société. Puisque notre société est profondément inégalitaire (contrairement à tous les discours dominants qui prouveraient le contraire), il est normal que le système éducatif lié en soit de même.


     


    Voilà pour les bases structurelles dirons-nous (je sais que beaucoup ne voient pas ça comme ça, je leur recommanderais au passage la lecture d’ « Une société sans école » d’Illich, très parlant à ce sujet  et résumant bien la situation). Maintenant il s’agit de comprendre pourquoi l’école de Jules Ferry serait arrivée en bout de course.  Il y a plusieurs raisons à cela.


    Tout d’abord les rapports de force des débuts de la société industrielle ont été affaiblis aujourd’hui. Il y a toujours des professionnels et l’on s’y réfère toujours autant, par contre dans le travail salarié, la force ouvrière diminuant, les rapports de force ont été beaucoup plus « adoucis » dirons-nous (même s’ils existent encore, et plus que jamais). Il n’est pas rare de voir des sociétés où le « patron » tutoie ses salariés, se prend pour leur « égal » et vient les aider en cas de besoin. Un rapport de force trop violent est de moins en moins accepté par les salariés par ailleurs… De la même manière les individus contestent de plus en plus les autorités compétentes (police, hommes politiques) et viennent même à les décrédibiliser. C’est la fin de l’autorité toute puissante et du respect hiérarchique sans contrepartie. Désormais il n’y a plus d’autorité crédible et le système est chancelant.


    D’autre part, la crise structurelle traversant nos sociétés incite les individus à prendre du recul vis-à-vis du système scolaire. Pour la première fois de l’histoire, les diplômes ne donnent plus accès un emploi et nombreux sont les jeunes qui même avec un diplôme en poche finissent au bord de la « route » ou chez leurs parents. Même si certains parents poussent leurs enfants à assurer le diplôme nécessaire parce que diplôme = travail (Nous sommes une marchandise comme une autre, il faut en avoir conscience), celui-ci semble démotiver la jeune génération qui ne se retrouve plus dans ce schéma qui semble totalement obstrué et inadapté pour répondre à leurs demandes.


    Mais il y a des raisons peut être plus profondes qui font que le système scolaire périclite, le détachement face aux valeurs de nos sociétés (respect d’autrui, respect de la hiérarchisation…) liée à l’hyperindividualisme qui frappe toutes les classes d’âge. Les enfants sont tels des hédonistes qui iraient « maximiser » leur bonheur quotidien en s’adonnant aux seuls plaisirs qui les intéressent et non plus à l’autorité d’un maître qui viendrait leur donner la « leçon ». Nous sommes dans la société du zapping et de la consommation du « tout ».  L’école devient un bien consommatoire que l’on utilise à son gré comme une machine à café ou une automobile. Les enfants ne peuvent plus comprendre que leurs parents agissent de la sorte quand on leur demande de rester assis 6 heures à écouter quelqu’un parler. Il y a une réelle dichotomie entre la société dans son ensemble et l’organisation du système scolaire, héritée d’un passé dépassé.


     


    Nos sociétés basées sur les rapports de force dominé/dominant ont connu des mutations depuis les années 70. Ce rapport de force s’est segmenté et dilué dans la société marchande et commerciale. Si il y a domination désormais, c’est au travers des biens marchands et de leur attachement qu’il faut le voir (ex. le dernier Iphone). Ce n’est plus la domination d’un individu sur un autre, c’est la domination de « l’entreprise »  à travers ses biens marchands sur les individus individualisés. Dans ce contexte, l’école qui valorise des rapports anciens de dominance est forcément dévalorisée voir « détruite » par les élèves qui ne considèrent plus le système comme essentiel à leur survie. La plupart des choses qu’ils apprennent (avec les smartphones, l’informatique… ils l’apprennent en s’amusant et en achetant des nouveaux produits). Dans ce cadre, le maître est totalement inutile. Seule l’école marchande à travers les supermarchés et/ou les grandes entreprises qui distribuent des produits est valorisée.


    Alors vous me direz « oui mais ils seront stupides ces petits en ne vivant qu’ainsi !». Ben en fait, oui et non. On aurait pu dire la même chose lorsque l’école de Jules Ferry s’est créée en 1880. Puisque les élèves qui en ressortaient étaient prêts à travailler en usine, on aurait pu dire qu’ils étaient initiés à leur condition future et donc un peu stupides au demeurant (même si il reste des bribes de culture générale dans l’école qui demeurent à la hauteur de la condition future des individus).


    L’école de demain (si l’école existe encore) sera assurée par des entreprises et des multinationales qui créeront des groupes de travail-ludiques autour de leurs objets marchands et en proposant aux enfants de ressortir de cette école avec les choses essentielles pour qu’ils puissent devenir des futurs consommateurs de la marque à proprement parler. C’est un peu la même chose qu’avec Jules Ferry, sauf qu’au lieu que ce soit l’industrie et l’Etat, ce sont des entreprises multinationales de services. L’école sera à la carte et facultative, bien que fortement incitative à travers le « jeu » qui attirera automatiquement les enfants vers les choses les plus amusantes. Ainsi les entreprises pourront fidéliser des millions de consommateurs et en fabriquer de nouveaux.


     


    Mais il n’y a rien à faire contre ce changement. Vous pourrez lutter autant que vous voudrez, en tant qu’enseignants, l’école de Jules Ferry ne correspond plus à notre époque, elle est de toute façon vouée à disparaître à brève échéance. A l’heure de l’hyper individualisme, de l’hyper consommation, de l’hyper hédonisme, du bonheur immédiat et du jetable, il est normal que les systèmes ancestraux (non-hyper) finissent par être dépassés. Donc oui, les enseignants finiront par avoir gain de cause, pour la simple de bonne raison qu’ils n’existeront plus. Du moins, plus dans leur forme actuelle. Tout au mieux, ils seront employés par une entreprise quelconque pour assurer la distribution des produits.


     


    Le désir des enfants de faire sauter les verrous de cette école et la résistance des enseignants en dit long sur le cheminement et la finalité générale de l’ensemble : ça finira mal et d’autant plus mal que les « dominants » : les maîtres et les profs ne voudront pas lâcher leur place. Mais à mesure que les dominés voudront faire éclater le cadre structurel archaïque (pour se faire dominer par autre chose, on est d’accord, mais ils n’en ont pas conscience ces petits), le cadre structurel de l’école se délitera jusqu’à faire la place entière à d’autres formes d’organisations non étatiques et plus « commerciales » dirons-nous. Ainsi va le monde !


    (Merci à ceux qui sont venus jusqu'ici pour lire, c'était un peu long, désolé).  

    8
    do de goron
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 10:42

    Il y a encore des endroits dans le monde où les enfants suent sang et eau pour aller à l'école dans l'espoir de sortir du système inégalitaire où ils vivent. C'est vrai c'est ailleurs, ce sont des gamines qui ne veulent pas passer leur vie seulement occupées aux tâches ménagères, des enfants du peuple qui veulent sortir de la pauvreté. Ces enfants là aimeraient certainement aussi faire sauter des verrous grâce à  l'instruction ( oh le vilain mot réac) et l'éducation! Mais c'est vrai ce ne sont pas nos enfants gâtés et c'est ailleurs... J'ai une tendre pensée pour ces enfants qui font des kms à pieds dans des chaussures trop grandes et je me dis qu'ils ont une leçon à nous donner. 

     

    "Ainsi va le monde": je suis lucide mais je rejette ce fatalisme.

     

     

     

     

     

    9
    Dimanche 28 Septembre 2014 à 13:00

    C'est vrai que le côté "chance" d'aller à l'école est complètement éludé chez nous et les enfants voient seulement le côté "corvée obligatoire" pas fun... surtout lorsque parallèlement leurs idoles illettrées gagnent des millions à ne rien faire. Les diplômes ont perdu leur valeur parce qu'on a voulu que tous les enfants les obtiennent. Donnons des lingots d'or à volonté et à tout le monde et l'or perdra aussi sa valeur. C'est aussi simple que ça. On sait très bien que donner le bac à 80% des gens était une connerie, que le collège unique est une catastrophe mais il faut bien continuer afin d'être bien sûr et certain qu'on va dans le mur... au cas où on en douterait !

    10
    Julien
    Lundi 29 Septembre 2014 à 10:17

    Il faut savoir que l'école est une institution d'origine occidentale. Quand elle est exportée dans un autre pays du monde, elle n'a qu'un seul objectif: faire que les individus qui en ressortent puissent aider au "développement" leur pays, par cela j'entends le "développement à l'occidental". On peut trouver cela bien ou mal, là n'est pas la question, il faut juste savoir que la finalité n'est pas "d'aider" ces gens mais bien de les rendre dépendants de notre manière de vivre (et ainsi asseoir un marché et peut être même délocaliser certaines productions occidentales là bas). 


     


    Il y a des tas d'endroits où l'école n'était pas nécessaire, pour la simple et bonne raison que les populations avaient tout, un toit (construits par eux mêmes), de la nourriture, une famille à proximité. La vie, ils l'apprenaient à travers les actes de leurs aînés, par observation et reproduction (la logique d'apprentissage naturelle à vrai dire, que l'on fait tous malgré nous). Mais nous, occidentaux, avons jugé qu'il serait nécessaire que ces pays perdent leur indépendance pour intégrer le marché mondial, et que tout population doit nous envier, c'est à dire "atteindre notre niveau de vie matériel". Il n'est pas certains que ces gens là nous enviaient à l'origine, ni même avaient conscience de nous. Nous avons une vision ethnocentrée qui nous fait faire (c'est mon avis), des erreurs. Tout ce que nous avons réussi à créer, c'est la famine et le désarroi parce qu'en abandonnant leurs pratiques vivrières traditionnelles, les populations ont dû "travailler" et gagner de l'argent pour vivre. Certains vivent donc désormais dans le désarroi le plus total et la famine, il faut avoir conscience que nous provoquons cet état de fait (en voulant ou en pensant faire du bien). 


    Sauf cas extrêmes de guerres civiles ou déstabilisations politiques où l'on vient aider avec l'humanitaire - notre aide au "développement" fait plus de mal que de bien en réalité et l'école est un des maillons de la chaîne, la première institution du "développement". 


     


     

    11
    Julien
    Lundi 29 Septembre 2014 à 10:51
    12
    do de goron
    Mardi 30 Septembre 2014 à 22:36

    Mon Dieu, pitié.

    Je pensais à des hameaux et villages marocains où l'état n'a pas jugé bon de créer une école. Nous occidentaux n'y sommes pour rien, le but est de laisser le pauvre dans l'ignorance et la pauvreté. Ce pays est un exemple et il y en a d'autres. Et des enfants qui veulent devenir médecin ou avocat par exemple, il y en a là-bas. Et dans quel but: améliorer le niveau de vie, le système de santé. Il existe des villages là-bas où on meurt de froid l'hiver, on meurt en couche: des villages perdus dans la montagne auxquels on ne peut accéder à la saison des neige. Pas de médecin, pas d'école. Pas d'espoir, sinon le fatalisme. 

    Dans les grandes villes, on retrouve les mêmes travers qu'ici: le superficiel et la vanité. Mais quand même, ça fait mal au coeur de penser que des gosses font une dizaine de kms pour aller à l'école, ou se font violer et battre par leurs maître lorsqu'ils travaillent chez des bourgeois.

    Le riche exploite le pauvre ou lui enfonce la tête sous l"eau, pas sûr que ce soit une invention occidentale, ça. L'humain est ainsi, partout.

     

     

     

     

     

    13
    Agrum
    Mercredi 1er Octobre 2014 à 17:49
    Agrum

    Pour illustrer ce que veut dire Do (si j'ai bien compris) :

    http://www.dailymotion.com/video/xuivji_we-don-t-need-no-education_webcam

    Autant d'enfants qui aimeraient bien être aussi malheureux à l'école que les nôtres...

    14
    Mercredi 1er Octobre 2014 à 18:23

    Oui, même si notre école détruit la créativité, je suppose que certains petits gamins y seraient mieux... même si l'évolution est mauvaise, il y a eu des choses positives et, pendant longtemps, l'école en a fait partie. Elle a permis à des gens du petit peuple, dont je suis issue, de ne pas aller bosser à l'usine ou faire des ménages... Ou pire encore rester à la maison en accouchant tous les ans d'un gamin jusqu'à ce que mort s'ensuive. 

    15
    Julien
    Mercredi 1er Octobre 2014 à 23:53

    Deux extraits intéressants qui pourraient alimenter le débat autour de l'école.


     


    Le premier, un extrait d'Une Société sans Ecole, d'Ivan Illich :


     


    "Tandis que les autres institutions peuvent se présenter différemment d'un pays à l'autre, l'école a partout une structure semblable et se propose, sans que nous en ayons conscience, des objectifs comparables. Elle façonne un consommateur qui n'accordera plus de valeur qu'aux services rendus par les institutions. 


     


    L'idée de scolarité dissimule un programme par lequel il s'agit d'initier le citoyen au mythe de l'efficacité bienveillante des bureaucraties éclairées par le savoir scientifique. Et, partout, l'élève en vient à croire qu'une production accrue est seule capable de conduire à une vie meilleure. Ainsi s'installe l'habitude de la consommation de biens et des services qui va à l'encontre de l'expression individuelle, qui aliène, qui conduit à reconnaître les classements et les hiérarchies imposées par les institutions. Et les enseignants essaieraient-ils de s'y opposer que, dans le cadre de l'école, ils ne pourraient rien contre cette volonté secrète, quelle que soit l'idéologie dominante.


     


    Ou si l'on veut, les écoles sont fondamentalement semblables dans tous les pays, qu'ils soient fascistes, démocratiques, socialistes, petits ou grands, riches ou pauvres.  Et cette identité nous force à reconnaître que derrière toutes les apparences que le mythe peut prendre, par delà les fables différentes, il est toujours semblable dans le monde entier : il inspire le développement de la production et les méthodes utilisées pour parvenir au contrôle social."


     


     


     


    Le second extrait, issu d'un essai intitulé "Le Développement, histoire d'une croyance occidentale" de Gilbert Rist. Il porte sur la notion de pauvreté et le rapport au développement.


     


    " Qu'est-ce qu'un pauvre ? La question peut paraître superflue. Pour la pensée ordinaire, le pauvre est celui "qui manque du nécessaire ou n'a que le strict nécessaire, qui n'a pas suffisamment d'argent, de moyens, pour subvenir à ses besoins (Petit Robert). La pauvreté semble donc liée à l'absence de ressources économiques.  Mais bien entendu il n'en a pas toujours été ainsi, il existe de nombreuses manières de définir la pauvreté : le pauvre médiéval s'opposait au puissant plutôt qu'au riche, un personnage riche peut aussi bien passer pour affectivement pauvre et, en Afrique, on considère comme pauvre non pas celui qui manque de biens matériels, mais celui qui n'a personne vers qui se tourner et qui passe pour une sorte "d'orphelin social". 


     


    Par ailleurs, puisque la pauvreté est une construction sociale, il faut s'attendre à ce que sa définition varie selon la position qu'il occupe, celui qui la formule. Des occidentaux, ou des développeurs, en visite dans quelques villages d'un pays du Sud affirment souvent que "ces gens là n'ont rien" pour la simple et bonne raison qu'ils sont aveugles à des formes de richesse qui ne font pas partie de leur univers conceptuel. Il y a fort à parier que les gens en question protesteraient vivement s'ils se savaient considérés globalement comme des pauvres. La frugalité collective ne peut être confondue avec la pauvreté. Il ne s'agit pas de faire un éloge Rousseauiste de la pauvreté, mais simplement d'éviter de confondre la simplicité de certains modes de vie avec la pauvreté modernisée, créée par l'extension du système de marché.


     


    Cela dit on ne peut pas reprocher aux organisations internationales de réduire la pauvreté à sa dimension économique ni d'ignorer le point de vue des pauvres. Elles reconnaissent que "la pauvreté ne se limite pas qu'au revenu et a un caractère multidimensionnel" et que la situation des pauvres est liée à un faible niveau d'instruction, à des conditions de santé fragiles, à une absence de pouvoir et à une situation générale de vulnérabilité sociale. Par ailleurs la Banque Mondiale a interrogé plus de 60 000 pauvres, dans plus de 60 pays pour savoir comment ils appréciaient leur propre situation. 


     


    Dans leurs conclusions, toutefois, ces enquêtes débouchent sur des mesures qui sont bien loin de s'écarter de la doctrine communément admise. Les raisons pour lesquelles les riches s'enrichissent ne sont pas évoquées. Toute la question est de savoir comment les pauvres peuvent devenir de "nouveaux riches" puisque tel est l'objectif final. Les organisations internationales ajoutent donc une dernière pierre à l'édifice pour "régler" la question de la pauvreté : l'injonction à s'enrichir. Il suffisait d'y penser. Après tout, comment se débarrasser de la pauvreté une fois pour toutes sinon en incitant les pauvres à rejoindre les riches, ou à tout le moins, les "moins pauvres" ?"


     


     


     


    La conception occidentale de la pauvreté est une pure invention culturelle. Nous avons des impératifs qui estiment ce qu'il serait bon que des "peuples" éloignés de la civilisation occidentale puissent obtenir. Qu'est ce qui nous dit que cela les rendrait plus heureux ? S'ils ont toujours été habitués à vivre ainsi, cela leur convient peut être, nous n'en savons rien. Atteindre les hautes sphères de la société occidentale (avec des métiers hautement valorisés) est-ce le rêve de tous les enfants du monde ? Ne sommes pas nous-même responsables de leur donner envie de suivre notre route en les incitant (via l'école) mais aussi la télévision à devenir ce que nous sommes ?  En l’occurrence, je pense, que nous faisons plus de mal que de bien en voulant à tout prix "développer" ces individus en leur proposant notre modèle de société. De quel droit pouvons nous faire ça ? Nous sommes si supérieurs au point de leur imposer ce qu'il est bon qu'il suivent (sous prétexte que cela nous convient) ? 


     


    Je m'inscris en faux par rapport à ces réflexions. Nous n'avons pas la même vision du monde, nous ne devrions pas intervenir dans les habitudes séculaires des populations indépendantes (sauf cas extrême de souffrance, mais ce cas est généralement provoqué par l'impératif de marchandisation que nous leur imposons). Il n'y a pas de fumée sans feu. 


     


     


     


    Bon la prochaine fois j'écris un bouquin, lol !


     


     


     


     

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