• Il y a des chiffres qui font peur

    Quand on y réfléchit (attention, ça fait peur, éloignez les âmes sensibles de cet écran, s'il vous plaît !) un prof peut, en théorie, faire 58 rentrées scolaires... bientôt 68 si ça continue et si un jour on part à la retraite vers 70 ans... Mais, en gros, un prof va stresser 58 fois avant de rentrer en cours... Ben oui, l'école, souvent ça commence à 2 ans... et la retraite c'est 60 ans. Je suis un cas un peu particulier parce que j'ai commencé l'école vers 5 ans seulement... Et encore, plutôt à 6, au moment de l'entrée en CP.

     

    Ma mère avait déjà retardé jusqu'à 4 ans mon entrée dans le système scolaire... et puis, les gens lui ont dit qu'il était temps, largement, d'autant plus que j'étais fille unique donc sociabilité tout ça, tout ça... Tu parles de sociabilité ! Je ne sais pas si j'étais sociable mais en tout cas les autres gamins ne l'étaient pas avec moi ! Donc, j'étais finalement malade 5 jours sur 7 et je n'allais pas à l'école... En plus, je disais que je ne voyais pas l'intérêt d'y aller vu qu'on ne faisait que dessiner, faire de la pâte à modeler ou coller des coquillages sur des cartons colorés, chanter des chansons cucul ou écouter des histoires et que ça, je pouvais très bien le faire chez moi...tranquillement et à l'abri !

     

    Je me souviens surtout de grosses frayeurs le soir... en particulier l'hiver, lorsque la nuit tombe vers 17h... et on finissait justement à 17h... Ma mère ne traînait jamais pour venir me chercher mais, je ne supportais pas de voir un seul autre enfant partir avant moi... Voir le soir tomber alors que j'étais à l'école c'était horrible... Je me souviens encore de ce sentiment d'abandon que j'éprouvais... Cette peur que jamais personne ne vienne me chercher et que je sois obligée de rester avec la maîtresse qui me faisait peur parce qu'elle tapait tout le temps avec sa règle sur le bureau...

     

    Dans la cour, aux récréations, je restais avec celles qu'on appelait les "dames de service", celles qui aidaient les instits dans la journée pour nettoyer les classes, surveiller la cour et sans doute d'autres choses encore... J'étais scotchée à leur blouse et pas question de les lâcher... Ma mère les connaissait en dehors de l'école donc, elles étaient un lien entre elle et moi que je devais conserver tout le temps sous les yeux... je me disais que si elle ne venait pas me chercher pour une raison ou une autre, ces dames-là, qui étaient plutôt gentilles, me ramèneraient peut-être au bercail. Et puis, elles me protégeaient si jamais un gamin osait s'approcher de moi... Les autres enfants étaient pour moi des menaces permanentes et angoissantes. Je ne les aimais pas. Ils ne m'aimaient pas. Je ne les connaissais pas et ils me faisaient trop peur pour oser les approcher... J'entrais à l'école comme on entre dans une salle de torture et dès l'instant où j'étais arrivée dans ce lieu hostile, j'attendais, angoissée, la fin de la journée et ma délivrance lorsque ma mère paraissait pour m'arracher à tout ça et me ramener dans mon univers familier. 

     

    Vous l'aurez compris, mes 2 années de maternelle ont été un cauchemar... j'y allais très peu parce que ma santé ne me le permettait pas mais je me souviens encore de ce sentiment terrible que j'éprouvais lorsque je devais y aller. Il a fallu attendre le CP pour que je découvre enfin l'école de façon agréable... et là, même malade, je tenais à me rendre en classe afin de ne rien louper des cours... j'aimais bien apprendre des choses nouvelles... En plus, comme je n'allais ni en sport ni en récréation à cause de mes problèmes, je restais souvent dans la classe pendant les récrés et j'adorais ça ! Parfois, d'autres enfants restaient avec moi et on discutait tranquillement (imaginez maintenant des gamins de 7 ou 8  ans laissés seuls dans une salle de cours...). Et pendant les heures de sport, j'intégrais d'autres classes, souvent j'allais chez les plus grands, genre les CM1 ouCM2 et alors là, c'était le pied !!! J'essayais de retenir les trucs qu'ils faisaient à ce moment-là afin de m'en souvenir et d'épater la galerie le jour venu !

     

    Et puis, au collège, rebelote, l'enfer à nouveau... et cette impression que je n'étais pas à ma place... j'ai subi sans rien dire, sans rien révéler de ce qui se passait... Mes résultats étaient corrects, c'était ma façon à moi de dire à tous ces cons d'aller se faire foutre... bien piètre consolation mais on fait ce qu'on peut avec les moyens du bord... Mais, je n'en suis pas sortie indemne.

     

    Au lycée et à la fac, c'était plutôt cool à nouveau... Surtout la fac que j'ai adorée !!! Les meilleures années de ma vie, certainement ! La liberté de faire un peu ce qu'on veut... les dernières années de tranquillité... le plaisir de ne plus avoir que des matières qu'on apprécie (ou presque...)Bref, le paradis... que j'ai prolongé jusque très tard puisque j'ai poursuivi des études jusqu'à 27 ans... pas gagné pour la retraite, moi j'vous l'dis ! Donc, vaut mieux pas que je compte les rentrées qu'il me reste à faire, ça risquerait de me décourager !

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  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Septembre 2010 à 12:41
    kaliuccia

    C'est vrai qu'on pense toujours à la peur de nos enfants pour le premier jour et rarement à ce que peuvent ressentir les profs en face.

    Que voilà en plus une jolie façon de parler des deux côtés de la classe. Je suis entrée à l'école à la limite moi aussi, juste une année de maternelle. Parce que je m'ennuyais toute la journée à la maison. Je n'ai aucun souvenir de cette année là. J'en ai à partir du CP et j'ai adoré pour ma part, vivre ma scolarité. Pourquoi n'ai-je pas réussi à donner ça à mes enfants ... mystère et boule de gomme.

    2
    Mardi 7 Septembre 2010 à 14:25
    Axel

    Bonjour,

    Un bien joli article sur lequel je me retrouve en passant de lien en lien. Je ne me souviens pas vraiment des mes années de primaire (alors la maternelle n'en parlons pas !) mais ce que tu décris du lycée et de la fac, c'est tout à fait ça !

    Le collège, ma foi, cela dépendait beaucoup des années mais j'ai la désagréable impression qu'il s'agit bien d'un enfer pour mon fils... qui ne révèle rien non plus. Du coup le "je n'en suis pas sortie indemne" résonne de façon sinistre.

    Mieux vaut ne pas compter "les rentrées qui restent" si l'on veut conserver notre enthousiasme !

     

    3
    Mercredi 8 Septembre 2010 à 20:41

    quand on y pense, c'est quand même dingue que tu sois devenue prof avec cette expérience si douloureuse que tu sembles avoir eu de l'école... même si, heureusement, il semble y avoir eu de bons moments.

    4
    Dimanche 12 Septembre 2010 à 11:18
    Yentl ☼

    Alors, ne compte sutout pas le nombre de jours d'ici là...

    Gros bisous encourageants

    Yentl

    5
    Dimanche 12 Septembre 2010 à 20:20
    Jacques l'Ardéchois

    En 2012, pour la retraite, le PS proposera de prendre en compte les années d'études passées en Fac... 

    Pour qui votes-tu  "cette année là" ?...

    Bizarre !  j'ai soudainement la chanson de Claude qui résonne dans ma tête ...  

    Comme tout bon capitaine, tiens bon la barre Béa ...

    6
    Vendredi 17 Septembre 2010 à 22:25
    Stacia

    coucou, comment vas tu??? je passai te faire de gros bisous

    je me retrouve dans tout ce que tu dis, dans ton article, on se sent moins seule d'un coup!! merci pour tout

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