• Et on continue de creuser...

    Ce matin, à la radio, que je n'écoute jamais mais là, mon téléphone refusait obstinément de se connecter à l'autoradio, il y avait, selon toute vraisemblance (ben oui, j'suis pas arrivée au début de l'émission...) un débat sur le collège (encore), son avenir (si tant est qu'il en ait encore un...) et ses problèmes (ô combien nombreux). 

    J'ai écouté 5 minutes. Et ça m'a énervée. Pourquoi ? Parce qu'on parlait "classes de niveaux", bien, pas bien, nul ? Au téléphone, un auditeur intervient. Il admet lui-même n'avoir rien à voir avec le milieu scolaire (ni prof, ni parent, ni rien...) et il affirme  : "Oui, alors moi je suis contre les classes de niveau parce que ça permet aux bons élèves de devenir meilleurs."... Mais putain de bordel de merde, en quoi est-ce si grave de "devenir meilleur" ou d'être bon ? Depuis quand n'est-il plus admis qu'un enfant puisse devenir meilleur, tendre vers l'excellence ? En quoi cela est-il choquant ? Est-il mieux qu'un bon élève devienne moins bon, voire nul, dans une classe faible ? Apparemment, oui. On sait très bien (sauf si on est très con naïf) qu'on ne fera jamais une Ferrari avec des pièces de 2cv. Donc, on sait très bien sauf si on est très con, qu'un élève nul ne deviendra pas bon sous prétexte qu'il y aura deux ou trois bons dans sa classe. C'est en général l'effet inverse qui se produit : le bon a tellement honte d'être l'intello de la classe (ça aussi, ça me dépasse...) qu'il fait tout pour tendre vers l'excellente nullité. Et, il y parvient. Au point, parfois, que le mauvais du départ devient moins mauvais que le bon qui ne fout plus rien et qui, au bout d'un moment, ne comprend plus rien non plus. Si on suit ce "raisonnement" (selon moi, il ne faut plus avoir de raison pour dire ce genre de bêtise), il faudrait que les mauvais deviennent bons, ou pas trop mauvais, tout en empêchant les bons de progresser ? Ramené à l'échelle de l'humanité, cela signifie qu'on aurait dû rester au temps des cavernes, et sans feu, parce que c'est mal de faire mieux. 

    Pur produit de la société actuelle, ce monsieur qui s'exprimait dans le poste rêve d'un monde où les "bons" n'existent plus. Pourtant, en quoi cela enlève-t-il quelque chose aux mauvais qu'il y ait des bons ? J'étais nulle en math, d'autres étaient bons, c'était un fait, un constat. Est-ce que j'aurais été meilleure s'ils étaient devenus moins bons ? Non. Je ne saurais toujours pas calculer un pourcentage même si tous les bons avaient décidé de ne plus savoir le faire non plus. 

    Le collège qui nous est prédit est parfait donc puisqu'il vise à égaliser le niveau et à faire en sorte qu'en effet les meilleurs ne puissent plus l'être. Qu'ils arrêtent d'utiliser leur cervelle afin que ceux qui ont arrêté de se servir de la leur depuis longtemps puissent se dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

    Le pire dans l'histoire c'est que la plupart des élèves qu'on considère en difficulté, de nos jours, sont en réalité simplement paresseux. Bien sûr, il y a ceux qui ont vraiment du mal à comprendre, ceux à qui on aurait autrefois permis de quitter les salles de cours et d'aller s'éclater dans un boulot qui leur plaisait. Mais, finalement, ce ne sont pas les plus nombreux. Non, ceux qui plombent les cours, ce sont tous ces enfants qui n'ont plus envie de faire d'effort pour apprendre parce que ça sert à rien, que c'est nul, que c'est fatigant, pas rigolo, qu'ils s'ennuient, qu'ils ne voient pas l'intérêt, que les jeux vidéo c'est plus marrant... Tous ceux dont les parents ne s'occupent pas, qui peuvent rentrer avec un 0 ou un 20 sans que ça provoque quoique ce soit. C'est à ceux-là que le collège à venir s'adresse. L'institution elle-même les confortera dans l'idée qu'il ne faut pas trop en faire pour ne pas devenir trop bon... 

    Je ne suis pas en train de dire que les classes de niveau c'est l'idéal. Non. Je ne suis pas sûre du tout que ça le soit (et, pour être franche, je me demande même ce qui pourrait être bien...). J'ai déjà eu une classe de niveau (très faible) et c'était à celui qui deviendrait le plus faible, au point qu'à la fin de l'année, j'en étais à leur donner des cours de primaire alors qu'ils étaient en 4e. Ils jouaient à "vu qu'on est nul, on peut rien faire" et effectivement ne faisaient plus rien. Il existe aussi des bonnes classes où, finalement, il devient difficile de travailler pour plein de raisons. Je ne suis donc pas contre ce qu'on appelle en jargon prof l'hétérogénéité. Elle a son charme et son intérêt. Ce qui m'a énervée, c'est cette phrase :"je suis contre les classes de niveau parce que ça permet aux bons élèves de devenir meilleurs." parce que je trouve ça d'une stupidité abyssale et que, quoiqu'on en dise, je ne comprends pas pourquoi on en est arrivé au point de considérer que la médiocrité est la norme, la seule ambition à laquelle on a le droit de prétendre finalement...

    J'imagine bien une conversation :"Tu es bon à l'école, toi ? - Oh, non, ça va pas, je suis moyen, même un peu moins. - Ah, c'est parfait ça ! Continue. " Avant, on entendait plutôt les gens dire "Tu es moyen mais avec des efforts, tu peux devenir bon !". 

    Quand j'étais à l'école, j'avais envie d'être la meilleure. Je ne l'étais pas. Pas tout le temps. Pas partout. Jusqu'à la fac, ça m'a suivie. J'espérais dépasser les autres, pas pour me la péter mais juste pour moi, par fierté personnelle. Lorsque je n'y arrivais pas, j'étais ennuyée mais pas désespérée non plus. Je me faisais une raison et j'admirais ceux qui réussissaient tout en essayant de faire comme eux. Je ne faisais pas partie des meilleurs mais justement des assez bons qui essayaient de progresser au maximum. Aurais-je été dans une classe de niveau "élevé", je ne sais pas mais en tout cas, j'aurais profité de tous les moyens pour tenter de rivaliser avec les meilleurs... et parvenir à les rejoindre dans certains domaines.

    Aujourd'hui, les meilleurs sont regardés de travers et, implicitement, tout est fait pour les amener à devenir moins bons. C'est à mon sens l'inverse de ce qui devrait exister. Cette excellence, on ne l'exige plus qu'en sport... Là, il est normal, naturel et bienvenu de se surpasser et on ne reprochera jamais à un entraîneur de faire en sorte que les bons deviennent meilleurs, sinon les meilleurs ! Quand je vois des enfants aller jusqu'à l'épuisement pour un cross, je rêve de récupérer juste 1/10e de toute cette énergie et de cette volonté pour qu'ils apprennent et retiennent enfin une conjugaison ! Mais, c'est un rêve, hélas... 

    Les conjugaisons, les tables de multiplication, les règles de grammaire (même celles avec des moyens mnémotechniques simples), il ne faut plus les exiger. C'est trop difficile. Pourtant, il me semble que courir à s'en exploser les poumons et les muscles, c'est difficile aussi. Mais là, le goût de l'effort existe, l'envie de battre des records et d'être meilleur que les bons existe. "Mens sana in corpore sano" est dépassé. Obsolète. Ridicule. Désormais c'est de plus en plus "un corps sain et bien foutu sans esprit, sans intelligence, sans culture".

    Sous couvert d'égalité des chances, on est allé tellement loin dans la médiocrité intellectuelle à la portée de tous (ou presque) que ce sera difficile d'en revenir... Il restera des exceptions. Il restera les enfants des puissants à qui on apprendra toujours qu'il faut être les meilleurs, partout, pour réussir, qu'il convient de viser l'excellence même pour atteindre simplement le bon. Et puis, les autres, ils continueront de rêver qu'on peut atteindre les étoiles en creusant le plus profond des gouffres : celui de l'inculture. 

    « Voilà une idée qu'elle est bonne !Régime (suite) »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 29 Mai 2015 à 18:55
    Cerise violette

    Tu as raison et il n'y a rien à rajouter . Et on y va en courant et en s'essoufflant ...

    Bises

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :