• Effacée ?

    Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais disparu. Pourtant, j'étais bien là. Il me semblait être là. Mais ce n'était pas moi. Enfin, pas tout à fait. Il y avait mon esprit. Je m'étais effacée. Je me suis effacée. Petit à petit. Lentement mais sûrement. C'est ça : je m'efface. Je continue. Jusqu'à devenir moins que rien. Si je me perds de vue, c'est normal. Il y a bien longtemps que j'ai disparu. Je suis une ombre, une poussière, un souvenir peut-être. Souvenir de ce que j'étais. Ou de ce que j'aurais pu devenir. Quand tout était encore possible. Je suis devenue floue. Vieille photo ratée planquée au fond d'un tiroir. Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais disparu et je ne l'ai pas cru. Enfin, pas tout à fait. J'ai vaguement cherché sans vraiment me trouver. Comment peut-on s'évaporer ? Comment ? Oh, ça prend du temps... Au début c'est pénible et puis ça devient une habitude. Un rituel. Un réflexe. On n'y prend plus garde. Il n'y a même plus d'effort. C'est naturel. Devenir une absence. Se faire oublier. Et puis, s'oublier soi-même, ou presque. C'est le risque. Jouer, toujours jouer, endosser un rôle, se glisser dans un personnage, dans une sorte de peau trop grande ou trop petite mais ne pas être soi. Jamais. Plus jamais. Ou pas encore. Vieille photo floue que l'on a froissée parce qu'elle était ratée. On aura beau faire, elle restera toujours floue et froissée. Pourtant, dans l'objectif, au départ, l'image était nette. Mais il y a eu ce mouvement de trop. Un geste de la main. Un rire moqueur. Le résultat est là et c'est foutu. Alors, oui, je me suis effacée et j'ai disparu, quelque part entre ce que j'étais et ce que j'aurais pu devenir. Quelque part entre l'objectif et le cliché. Entre eux, avec leurs grandes gueules pleines de mots assassins et moi qui n'avais pas la force de résister. On ne construit rien sur du vide. On reste en suspens, c'est tout. 

    « Poème du soirEtre dans son bon droit »

  • Commentaires

    1
    Karleman
    Vendredi 18 Novembre 2016 à 10:35

    Les textes les plus tristes et qui décrivent la souffrance qu'une personne ressent sont souvent les plus beaux.
    Je connais bien ce que tu décris pour l'avoir pratiqué moi-même. J'en souffre un peu moins (quoi que...). Toi, tu sembles en souffrir beaucoup. Pourtant, tu disparais souvent (par exemple en été..; alors que ça aurait pu être intéressant d'être là...) mais tu es présente. Et tu existes. Tu existes bien car quand on te lis, on remarque que tu es une personne bien et intéressante. C'est mon avis.
    Il est temps de renaître, chère Béatrice. Rien n'est jamais comme avant. Le monde bouge et tu verras aussi que c'est bien maintenant.
    Je t'embrasse bien fort et j'espère que cette hiver va voir ta renaissance ou au plus tard au printemps.

     

      • Samedi 19 Novembre 2016 à 16:00

        Je ne parlais pas forcément de disparaître de ce blog ou d'internet. Lorsque je disparais l'été ou à d'autres moments, c'est que je n'ai pas grand chose à dire. Là, je parlais de la vie en général. Quant à renaître, c'est une autre histoire. 

        Je t'embrasse

    2
    tanki
    Vendredi 18 Novembre 2016 à 19:19

    Un très beau texte. Pourquoi faut-il que les personnes aussi intéressantes et belles comme toi, disparaissent, laissant la  place aux personnes qui  brassent de l'air ? J'espère aussi te revoir réapparaître bientôt, bientôt ... J'ai aussi besoin du silence et de l'isolement pour me reconstruire, je comprends ...

      • Samedi 19 Novembre 2016 à 16:03

        Je ne les supporte plus ces grandes gueules qui se croient tout permis et qui, en plus, reçoivent les lauriers que d'autres, les timides, les effacés, n'oseront jamais essayer d'obtenir.

        Et puis, cette mode qui consiste à tout pardonner aux grandes gueules qui s'expriment, soi disant sous le coup de l'émotion mais qui se foutent de savoir si leurs paroles blessent les autres. C'est trop facile. 

        Je provoque mon silence et mon isolement. J'ignore si je me reconstruirai. 

    3
    Dimanche 20 Novembre 2016 à 16:14

    Je trouve que tu es une bien jolie personne, très sensible, en tous cas tout sauf superficielle...C'est sans doute cela qui ma fait accrocher à ton blog...je me suis retrouvée à travers tes lignes. J'ai été cette petite fille effacée, j'ai du jouer un rôle à contre coeur et je sais à quel point c'est douloureux même si ça devenait de la routine...Chaque fois que tout va mal dans ma vie, je me recroqueville dans ma bulle et je comprends ton envie d'isolement même si je sais que ça n'arrange rien en fin de compte :(

    Si tu as envie de parler, ma boîte e-mail t'es ouverte Béatrice !

    Bisous

      • Dimanche 20 Novembre 2016 à 17:08

        C'est gentil, merci. C'est vrai que tenir un rôle est difficile, surtout quand on est jeune et je crois qu'on ne se débarrasse pas facilement de ces "réflexes". Ils réapparaissent lorsque quelque chose va de travers. 

        Bises

    4
    mel
    Dimanche 20 Novembre 2016 à 17:31

    J'ai été également effacée, je me suis souvent sentie transparente, cela arrive encore assez régulièrement mais néanmoins j'arrive de temps en temps à occuper ma place, et j'en suis très heureuse, il m'a fallu combattre. Nous avons chacun notre place. Tu as ta place.

      • Mardi 22 Novembre 2016 à 21:05

        On dirait que ça remonte à loin ce genre de souci. Le combat est donc plus difficile sans doute. 

    5
    charly
    Mercredi 4 Janvier à 19:48

    etre en suspens, c'est exactement ça, c'est exactement ce que je ressens  j aimerais tellement trouver le moyen de redescendre parmi les vivants

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