• Du bon usage du téléphone

    Je ne sais pas si vous avez remarqué mais, souvent, quand le téléphone sonne, ça tombe un jour où on est particulièrement occupé, on ne s'ennuie pas, on va bien et là, paf, coup de fil... Un ami qui appelle c'est toujours une grande joie (oui, je précise, je ne parle que des appels d'amis, pas des pots de colle qui veulent vendre des trucs) et on est évidemment ravi de cet appel. Et souvent, ces jours-là, plusieurs personnes vous appellent, comme si elles s'étaient donné le mot. Vous vous sentez important soudain, vous vous sentez même aimé... et ça fait un bien fou.

    Mais, j'ai remarqué que c'est valable aussi quand on n'est pas occupé ou qu'on ne se sent pas bien du tout. Juste au moment où vous auriez besoin de parler, de tout, de rien, du temps qu'il fait juste pour entendre une voix familière et rassurante, pour vous sentir un peu important et aimé, personne n'appelle. Alors, vous me direz qu'on n'a qu'à appeler dans ces cas-là... Et vous avez raison, bien sûr ! Mais quand on n'a pas trop le moral, on se dit qu'on va déranger, on ne trouve rien à dire et on se voit mal appeler pour dire "Ben c'était juste pour entendre ta voix et me sentir un peu moins seul."... ça fait con comme phrase d'intro. On est trop pudique pour le dire, ça.

    En plus, si par miracle dans ces moments-là le téléphone sonne, ça nous laisse entendre qu'on n'est pas complètement oublié et que quelqu'un à qui on tient (ou pas d'ailleurs) a pensé à nous... et ça fait plaisir, non ? Et dans ces cas-là, on n'attend que ça pour se sentir un peu mieux. Sauf que quand ça va pas, y'a jamais personne comme s'ils s'étaient tous donné le mot là aussi... Un hasard malencontreux. Les jours où on s'ennuie, où on n'est pas en forme, on en a marre de la vie, des fois, il suffirait d'un appel, un seul et tout irait peut-être un peu mieux. Ou bien il suffirait d'avoir le courage de prendre son téléphone et d'appeler soi-même, oui, je sais. Il m'arrive de le faire mais très rarement parce que je me dis que ça ne se fait pas d'appeler les gens pour leur imposer comme ça, alors qu'ils ne demandaient rien, des problèmes ou des angoisses qui ne regardent que nous...

    Imaginons... votre ami est peinard en train de regarder un beau film, il a décidé de laisser de côté toutes ses emmerdes, il a décidé que ce soir-là il voulait être tranquille, heureux, ne pas se prendre la tête... ou bien pire encore, il est avec l'être aimé, il ne veut que du bonheur, des mots doux, des câlins, de la tendresse et là, PAF, comme un cheveu sur la soupe ou un chien dans un jeu de quilles, vous débarquez avec votre moral plus bas que le ras des paquerettes... En plus, vous n'avez rien de spécial à lui dire à part "Salut, j'appelais comme ça... Ouais, ça pourrait aller mieux... non, rien de neuf et toi ?"... Ben lui oui !!! Justement il en a du neuf ! Et il avait décidé d'en profité avant que vous ne veniez lui plomber sa soirée avec vos conneries !!! Et puis même s'il n'en a pas il avait décidé d'être TRANQUILLE... vous vous rappelez ? Tranquille !

    Alors, déjà que vous n'aviez pas le moral, vous avez entraîné votre pote dans ce délire, comme un alcoolo qui refuse de boire tout seul et qui saoule les copains. Et puis, après, pour couronner le tout, vous vous sentez coupable... Vous vous dites que vous n'auriez jamais dû appeler, qu'il va vous en vouloir à mort de lui avoir foutu sa soirée romantique (ou sa soirée film) en l'air ! Donc, ça vous mine le moral encore plus... vous vous dites que la prochaine fois, vous ne lui téléphonerez plus parce que vous ne savez plus où vous mettre avec vos problèmes existentiels qu'il n'a pas à subir... juste parce que vous avez peur de le perdre et de vous sentir encore plus seul et plus mal parce qu'un jour, c'est certain, il en aura ras la coquille de vos désespoirs.

    Et vous vous enfoncez un peu plus dans votre canapé, jetant de temps à autre un oeil au téléphone en espérant qu'il sonne parce que si on vous appelle c'est qu'on accepte l'idée de vous écouter, du moins en théorie, c'est qu'on ne sera pas dérangé par vous puisqu'on a fait la démarche de venir vers vous. Eh oui, logique. Alors, bon... bien sûr des fois, y'en a qui raccrochent quand ils comprennent que ce soir c'est pas le moment, qu'on va sans doute pas rigoler... ils trouvent une excuse qui sent bien le bidon (un rôti au four, quelqu'un qui sonne à la porte, un rendez-vous urgent qu'ils avaient oublié) et là, vous vous sentez coupable (encore) de n'avoir pas été aussi drôle que d'habitude, de n'avoir pas su distraire votre ami qui, peut-être ne rappellera plus parce que vous l'aurez prodigieusement gonflé avec vos jérémiades... et vous, vous vous dites qu'une fois de plus vous n'avez pas été à la hauteur. Votre ami appelait pour se distraire et vous l'avez fait fuir. Pas bien. Mais comme vous êtes déjà au 36e dessous, la hauteur, y'a longtemps que vous ne savez plus trop à quoi ça ressemble.

    Silence total, le téléphone ne sonne plus ni dans un sens ni dans un autre. Vaut mieux attendre d'aller mieux ou d'avoir un truc à dire... ou bien, penser que la prochaine fois que le téléphone sonnera il ne faudra pas oublier de prendre la voix de circonstance qui dira "Ahhh, salut, ouais, ça va super et toi ??? Ouh la la, oui du neuf, y'en a plein... par où commencer ?"...

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 18 Mai 2008 à 11:08
    petit juju
    Il est vrai que l'on a toujours l'impression de déranger quand on ne va pas bien. Et pourtant la question peut aussi se poser quand tout va beau fixe. On peut tout aussi bien avoir peur d'ennuyer la personne en question. Il n'y a pas que la tristesse qui fait fuir les gens.

    De toute manière si tu appelles des gens qui te sont proches, il n'ya  aucune raison pour que tu les déranges, même si ils passent une bonne soirée, ils la passeront avec toi aussi au téléphone, et une soirée film ou romantique ça peut aisément attendre, une amie qui ne va pas bien ou qui se sent seule, on ne peut pas la laisser ainsi, dans la solitude et la mélancolie.

    Il faut que tu saches que tu ne dérangeras jamais tes vrais "amis" qui se réjouiront toujours de ton appel même si tu n'es pas dans ton assiette et que tu te sens abandonnée... Y'a pas de mal à ça, ça arrive à tout le monde...


    Voilà, tu sais donc que tu peux m'appeller, moi ou Vivien à toute heure, il n'ya pas de raison que tu nous déranges de quelque façon que ce soit...
    2
    Dimanche 18 Mai 2008 à 16:12
    moi, je crois qu'un véritable ami n'est jamais emmerdé de recevoir un appel d'une personne chère, même si (et surtout si) cette personne à le moral au plus bas.
    c'est le rôle des amis de donner un peu de leur temps et de leur bonheur à ceux qu'ils aiment et qui ne sont pas aussi heureux...
    il ne faut pas craindre de mal tomber.
    3
    Dimanche 18 Mai 2008 à 18:24
    " Charly "
    Et voilà encore un sujet dans la même veine de ce qui précède.
    Bon alors, l'idée de dérranger par téléphone n'est pas acceptée, tu le vois bien, par ceux qui se présentent comme tes vrais amis. Au contraire, ils t'en voudraient de ne pas les avoir sollicités lorsque tu en aurais eu besoin. Comment aurais-tu réagis, toi, si l'on t'appelait juste pour entendre ta voix ? Alors dis-toi que c'est la même chose pour eux, même si ta pudeur te retiens.
    S'ils te connaissent bien, s'ils ont un minimum de perspicacité, ils se rendront compte que ton appel est un besoin, plus qu'un plaisir.
    Maintenant, je peux te proposer de venir déposer un commentaire chez moi, les jours où tu en as envie. Tu sélectionnes un sujet qui te plait et c'est parti. Tu sais, je réponds toujours, par correction, mais surtout par plaisir.
    Allez, courage, je reviendrai.
    Charly...
    4
    Dimanche 18 Mai 2008 à 20:39
    MamanCélib
    Avec les vrais amis, au son de leur voix, on sait tout de suite si ça va ou pas, si le moral est au rendez-vous ou pas... Pas besoin de mots pour le dire, il y a cette intonation particulière qui veut tout dire...
    5
    Lundi 19 Mai 2008 à 04:08
    Parfois dans ces moments on aime mieux ne pas avoir de téléphones. Et quand nous aimerions en avoir bien le problème est que les autres ne sont pas au courant et ne peuvent pas deviner notre envie et notre « état ». Je pense que cela dépend de chacun, ce qu'il a besoin et si le fait d'appeler une personne, un vrai ami, lui apporte un certain réconfort ne serait-ce que quelques minutes, ou plus, bien c'est à la personne de prendre la décision. Les amis sont là pour cela aussi et si nous tombons à un moment où il ne lui est pas possible de parler il sera en mesure de nous le faire comprendre correctement, avec chaleur et nous rappellera dès qu'il pourra. C'est ma vision des choses à ce propos... bisous et bon début de semaine chère Béatrice :)

    6
    Lundi 19 Mai 2008 à 20:18
    " Charly "
    Super Béatrice, tu as une piste de réflexion. La peur de décevoir, de perdre les amis que tu apprécies et de te retrouver seule comme tu l'as souvent été jadis.
    Je ne suis pas psychologue, mais je pense que cette crainte de décevoir fait que tu te places la barre assez haut, ce qui engendre à son tour, une crainte de ne pas être à la hauteur et de tout perdre. Je crains que cette hantise ne transparaisse à ton insu et soit perçue par les autres. Quelqu'un qui est bien dans sa peau a un comportement "normal", c'est à dire non hésitant, il accèpte d'être aimé et il aime en retour en toute sérénité. Il n'est pas rongé par des pensées négatives, fabriquées de toute pièce par son imagination. Il sait qu'il ne dépend pas des autres, ce qui ne l'empêche pas d'apprécier leur compagnie. Cette paix de l'esprit se voit. Il est équilibré.
    Maintenant rien ne t'empêche de solliciter tes amis avec des égards, l'air de rien. Les plus 'psychologues' sentiront un appel et répondront.
    Voilà des pistes à explorer. Bon courage et à bientôt.
    Charly...
    7
    Jeudi 22 Mai 2008 à 14:31
    je suis bien d'accord avec tout ce que tu viens d'expliquer... et ensuite les gens trouvent drole qu'on appelle plus, qu'on écrive plus... mais à force de ne parler qu'à des murs, à un moment on a plutôt envie de se taire. Et puis ... parfois quelqu'un se montre plus sincère, plus impliqué dans les relations, que tous ces autres pour qui tout semble acquis; et là ils se réveillent mais c'est marrant, moi tous ces pros du silence ne me manquent plus, pourtant il y a des absences d'un poids inimaginable mais pas les leurs, juste parce qu'un seul être vous manque et tout est dépeuplé, dit-on... c'est bien vrai ça.
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