• Il y a quelques années, j'avais croisé mon ancien prof de français, quelqu'un que j'admirais beaucoup et qui représentait pour moi le prof parfait. Il m'avait donné l'envie de faire des études de lettres et de mieux comprendre la littérature. Ce jour-là, lorsque je l'ai rencontré dans un magasin par hasard, nous avons un peu parlé. Il venait de prendre sa retraite. Moi, je démarrais comme prof. A un moment dans la conversation, nous avons évoqué les difficultés du métier. Je me disais que lui ne devait pas en avoir beaucoup, vu son talent... et en fait, il m'a dit qu'un matin, il s'était réveillé et avait été incapable de se lever pour aller travailler. Apparemment, à partir de là, il avait arrêté de bosser en lycée pour se concentrer sur la fac. A l'époque, je ne voyais pas vraiment de quoi il parlait. J'avais trouvé cette expression surprenante... "Un matin, vous ne pouvez pas vous lever, tout simplement." Depuis plusieurs semaines, c'est le soir que je me dis que le lendemain je ne pourrai pas me lever et puis, j'y vais, finalement... Je crois que maintenant je comprends ce que mon prof voulait dire et même si je parviens encore à me lever, j'ai toujours cette impression que ce ne sera pas possible demain, ou après-demain... Et si un matin, moi non plus, je ne pouvais plus y aller ?  


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  • Il y a quelques années, je m'étais pris la tête avec une collègue qui disait que puisque les élèves n'ont pas le droit de mâcher du chewing-gum ni d'utiliser leur portable au collège, les profs ne devraient pas le faire non plus... ni devant eux, logique en quelque sorte (même si, j'en suis sûre, à mon époque, on n'aurait pas trouvé choquant qu'un prof fasse un truc qu'un élève ne faisait pas parce qu'on faisait la différence entre l'adulte qu'il était et l'enfant que nous étions), ni en salle de profs non plus (et limite même pas sur le parking du collège)... et là, pas logique parce que salle des profs = profs = adultes. Mais, poussons cet état d'esprit un chouia plus loin :

    - bientôt les élèves ne seront plus notés, donc, les profs non plus ? Eh oui, nous avons chaque année une note administrative et régulièrement une note d'inspection. Si la note est traumatisante, supprimons-la. Quoi ? Ça traumatise oui ou non ?

    - certains pédagogo disent que l'idéal serait que les élèves puissent avoir les cours qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent. Les profs pourront donc avoir les élèves qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent ?

    - dans la même veine, si les élèves n'ont pas envie d'apprendre, ils devraient pouvoir faire autre chose. Si je n'ai pas envie de faire cours, je peux ?

    - les enfants ne doivent pas avoir de devoirs à faire à la maison afin de profiter au max de leurs activités. Finies les préparations de cours et les corrections de copies sur notre temps libre, alors ?

    - lorsque l'élève insulte ou frappe le prof, ce n'est pas la personne qu'il insulte ou frappe mais ce qu'elle représente, sa fonction. Si j'insulte ou si je frappe un élève, ce n'est pas un enfant mais un élève donc sa fonction aussi, non ?

    A tout cela, on va me rétorquer que ce sont des enfants, que les profs sont les adultes avec un énorme salaire pour ce merveilleux job. Je suis d'accord (enfin presque... les profs sauront quel(s) adjectif(s) supprimer). Mais alors, il faudrait justement qu'à chaque instant les profs soient considérés comme des adultes avec des droits et des devoirs d'adultes et pas que ça puisse varier selon les délires et caprices des uns et des autres. Déjà, à la base, le prof fait partie de ces gens qui n'est pas sûr de pouvoir faire son boulot et ça aussi c'est un sacré privilège. Demandez-vous, tiens, par curiosité, quelles autres professionnels sont ainsi régulièrement empêchés de faire ce pour quoi ils sont payés... j'en vois quelques uns, mais pas tant que ça en fait. 

    L'infantilisation est au coeur de la profession - sans doute parce qu'on travaille avec des enfants, certains mélangent un peu -  et c'est aussi l'un des trucs qui m'insupporte de plus en plus (pas le seul, hélas). A lire certains collègues (pas tous heureusement), on a l'impression que, finalement, les profs sont à égalité... ou non, inférieurs, aux élèves sur bien des points puisque, quand on y réfléchit, les profs doivent avant tout penser à leurs obligations vis à vis des élèves, des parents, de la hiérarchie, des gens en général...et leur droit, en particulier celui de travailler, tout simplement, est régulièrement baffoué. Les élèves, ou plutôt "les emmerdeurs", quant à eux, ont des droits qu'ils ne manquent pas de mettre en avant, jamais. Ils ont aussi des devoirs mais on leur octroie tellement souvent la possibilité de s'en défaire pour ne pas les traumatiser, que, finalement, ils finissent par les oublier.

    Bien sûr, les élèves sympa, gentils, polis, respectueux passent souvent à la trappe parce que tout le monde s'en fout (même les profs, justement, qui ont assez à faire à gérer les autres) ! Ils ne se font pas remarquer donc, ils n'ont pas de problème (tu parles !). Les autres, ceux qui ne respectent rien ni personne, qui bousillent les cours (et/ou les profs) et qui sont minoritaires, sont ceux qui profitent à fond du système, ceux qu'il faut protéger, ceux à cause de qui on doit sans cesse "renouveler nos pratiques" et "nous remettre en question"... sans nous demander si ça nous convient et sans se demander si ça convient à la majorité silencieuse des gamins qui ne demandent rien, n'exigent rien et ne demandent, eux aussi, qu'à travailler dans de bonnes conditions.

    Je considère, mais j'imagine que j'ai tort, qu'on les a sacrifiés (et qu'on continue à le faire) ces gamins sympa et bosseurs, depuis des années au profit de tous les p'tits cons qui, dans toute leur ingratitude, sont ceux qui, une fois devenus adultes, diront qu'ils ont été malmenés par des salauds de profs et dont on publiera les commentaires dans les magazines de psycho pour démontrer à quel point le prof est nuisible. On se gardera bien de dire combien de profs ont craqué en silence et en privé après avoir eu affaire à ces p'tits cons, combien d'entre eux ont fini par tomber malade ou, pire, combien seront finalement morts de ce mépris affiché et de cette solitude extrême(autre privilège du métier) face à ces mignons petits élèves qui ne font, apparemment, que se défendre. 

    Les trucs que je propose plus haut permettraient une vraie égalité, non ? C'est exagéré ? Bien sûr... mais pas vraiment plus que les conneries qu'on peut lire (ou pire, entendre) parfois... 


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  • Depuis plusieurs mois, cette idée s'est installée et j'y pense désormais comme à quelque chose de certain... alors que pas forcément. Je voudrais travailler à temps partiel l'an prochain et après aussi, sans doute. Sauf si financièrement c'est difficile. Pourquoi ? La raison officielle, celle que je mets en avant, c'est que je me dis que ce sera le seul moyen de tenir le coup jusqu'aux 60 ans et quelques longues années qui sont annoncées. Je suis déjà fatiguée alors, imaginez dans 20 ans... avec des gosses de 11 ans. C'est assez inimaginable en fait. 

    J'espère obtenir ce droit... que la loi ne va pas changer d'un coup, juste au moment où j'ai décidé de faire ma demande. On verra bien. C'est vrai que je serais déçue parce que c'est devenu une sorte d'évidence, un besoin presque vital. Je m'étais dit que j'attendrais un peu et puis, finalement non. 

    Est-ce que ça changera quelque chose à mon état d'esprit général ? Non. Est-ce que ça changera quelque chose à mon état d'esprit face au boulot ? Je l'espère. Ensuite, je ferai le point et je déciderai de ce qu'il est judicieux de faire. 


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  • J'aimerais bien savoir qui, sincèrement (si ce mot a encore un sens) reprend le boulot dans la joie et la bonne humeur, le sourire aux lèvres et le coeur léger. Qui ? Combien de personnes cela concerne-t-il ? J'dis ça parce qu'à voir certaines réactions, il faudrait que les profs soient heureux de reprendre. Juste eux. Les autres, c'est normal que ça les déprime et tout ça. Mais les profs, non.

    Il faudrait que nous, les profs, nous soyons joyeux et allez hop, fiesta boum boum à tous les étages ! Pourquoi ? Parce qu'on travaille avec des gamins ? Parce qu'on fait un métier pour lequel on a forcément THE vocation qui tue ? Parce que c'est le "plus beau métier du monde" ? Parce qu'on est payés à rien foutre ? Parce qu'on est en vacances toute l'année (la preuve que non puisqu'on reprend demain !) ? Parce qu'on a un salaire mirobolant (que même les joueurs de foot neuneus nous envient) ?Parce qu'on kiffe l'idée de corriger des copies (remplies de milliards de fautes d'orthographe) ? Parce qu'on aime écrire au tableau (comme le croient les élèves) ? Pour toutes ces raisons peut-être ? 

    Pour fêter ça dignement aujourd'hui, j'ai le choix entre trois options :

    a- ranger mon bureau et danser sur "Happy" de Pharrel Williams, tout en préparant mes affaires de rentrée.

    b- sortir pour une balade au bord de la mer et respirer l'air pur tout en visualisant avec bonheur et sérénitude (sérénité et béatitude) mes futurs projets de l'année avec mes merveilleux élèves.

    c- dormir pour oublier que demain c'est la rentrée (et la voir arriver plus vite mais tant pis). 


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  • Puisque le ministre de l'EN semble à la recherche de bonnes idées contre l'échec scolaire, j'en ai une : supprimer toute forme d'évaluation. Quoi ? Puisque la note est source d'angoisse et d'échec, supprimons la. Tout simplement.

    Puisque de toute façon le redoublement n'est plus envisageable que lorsque les parents insistent, que risque-t-on à supprimer toute forme d'évaluation, hein ? Ecole, collège, lycée se transformeront joyeusement en centres aérés-garderies pour la plus grande joie de tous. Plus de stress, plus de compétition, plus de bons ni de mauvais. Plus rien que du plaisir, à fond les ballons.

    Plus de copies à corriger, plus vraiment de cours à préparer, que des jeux (quoique, les jeux, des fois, il y a des vainqueurs et des vaincus, des déçus, des contrariés mis en échec et ça c'est mal...). 35 heures de... fun devant les élèves enthousiastes. Ah ben oui, manquerait plus qu'ils tirent la gueule avec tout ce qu'on leur proposera !

    Plus de réunions pour parler de l'enseignement puisqu'il n'y en aura plus. Plus de conseils de classe, plus de bulletins, plus d'appréciations ! Rien que du plaisir, on vous dit ! L'élève au centre de loisirs (ça lui changera d'être au centre du système). Il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter, qu'importe ??? A quoi ça va lui servir pour s'amuser, hein ? Il n'aura jamais été frustré par un salaud de prof qui met des sales notes juste pour satisfaire ses pulsions sadiques. Il ne sera que joie et allégresse, bonheur et légèreté. Aucune connaissance, aucune culture, aucune compétence autres que celles nécessaires à son épanouissement. Je trouve ça merveilleux comme perspective... ça donnerait presque envie de devenir prof, dis donc...  


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